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3. Cette querelle avait éclaté à propos de la célèbre canzone que Caro publia en 1533 en l'honneur de la maison royale de France :
venite a Vombra de' bei gigli d'oro.,.
(V. Tiraboschi, Sioria delln letteràt. ital ; t. VIII, partie lit, « les poètes italiens du cinquecento »). ^C^stolvetro ftt paraître sur cette .ode un commentaire critique qui amena une série de ripostes et de contre-ripostes. Castelvetro attaquant la suprématie de Florence, B. Varchi entra à son tour dans la lice avec son ErcoUno, où tout en prenant la défense de Caro, il élargissait le débat, et adlrmaîl l'existence de la lingua volgare qu'il identifiait avec la lançue florentine. (V. A. Caro : IMlere, Venise, 1382, passim, — Apàlogia, degli accademici di linnchi di Roma conlro M. L. Castelvetro, Parme,'1338. — L. Castelvetro : Opère varie crit., avec sa vie par Muratori; Lyon, 1727 (cf. Biblioieca Modenese, t. [I, p. 434;, 'et du même, Giunlc aile prose del Bembo. Modène, 1563. — L'A'rcoUno, dialogo nel quale si ragiona délie lingae, ed m particolare délia Toscana e delli Fiorentina, parut à Florence, che« les Juntes, en 1570. La réponse de Castelvetro ne fut publiée qu'après la mort de l'auteur: Correttioned'alcune cose nel dialogo délie lingue di B, Varchi, Basle, 1572. - II. Estienne avait dédié Â Castelvetro « Jani Parrhasii liber de rébus per epislolam quœsitis - 1567,
LE FRANÇAIS ET l'iTALIEN 221
mieux fait de reconnaître la grande valeur d'un livre tel que YErcolano de Benedetto Varchi. Il est vrai que ce qui Ta irrité, c est d*entendre Varchi nommer Titalien « la lingua volgare » la langue vulgaire par excellence , et garder à Tégard du français un silence injurieux. « Il ne faut pas demander en quel reng mettent nostre langue ceux qui veulent faire marcher la greque et la latine après la leur^ ». Il ne cherche pas à comprendre la nécessité où se trouvaient les partisans de Titalien de combattre Tusage du latin savant, comme le faisaient en France les défenseurs de notre langue nationale. Varchi cite Francesco Florido- « Tennemi mortel de la langue vulgaire », tirant ses arguments de la diversité même des parlers italiens. D'autres , tels que Folieta 3, revendiquaient les droits du latin contre l'usurpation de la langue vulgaire. Mais, voulant nous préserver de l'italianisme, Eslienne estimait opportun et de bonne guerre de déprécier à nos yeux l'italien. Il ne manque pas d'invoquer le témoignage autrefois accordé par Brunetto I^tini « au patois de France... le plus délitables langages, et plus communs que moult d'autres ^ » ; mais il reproche avec humeur aux critiques de l'Italie moderne ^ « d'être des Narcisses, trop amateurs de la beauté de leur langage ^. »
Mais Estienne, comme il ramène l'italien au provençal, confond celui-ci avec le français : il fait de la langue d'oc une simple variété.
in-8, et il le nomme dans sa préface « xptttxeotarov xai TSiOYjTtxbÎTaTOv. ». Il rappelle encore md nom dans la préface d'une édition de cette même année « Polemonis, Uimeriiet aliorum declamationes ». Comme l'indique Muratori, Castclvetro étaitpassé par Genève et il y avait sans doute visité H. Estienne.)
1. PrécelL, 17. V. la préface d'Alunno dans ses Riccheste délia lingua, volgare, Veni^, 3* édît. 1355. Il fait Téloçe de sa langue : <• è hoggi la più eccellentc che si tniovial Mondo,e è quclla nellaquale non pure ecccllentissimi scrittonsi cssemtano, ma coo e<«sa etiam parlano quasi tutti c Prancipi.. ». Alunno a voulu donner à Titalicn le dictionnaire qui lui manquait; il a fait un recueil des mots de Boccace pour la lan^ede la prose, des mots de Pétrarque pour la langue poétique.
2> V. • FrancÎBci Floridi Apologia in Plauti aliorumque poetarum et linguœ latina; calumniatoribus », Lyon, 1537. Cf. Tiraboschi, t. VII, p. 2276.
9< Vberti Folietx de lingaie latinœ usu et priestanlia lihri ires... Ronuc 1571, in-4*. ^- * Gabr. Barii Francicani pix) lingua latina libri très... » Romec, 1554, in-8« et : « Anas- Usii Gcrmoni pomeridianie sessioncs, in quibus linguœ latinos dignitas defcnditur advervus eos qui cum ea hetruscum idioma non modo conferre scd et anteponere iudent (Turin, 1580, in>i*). Germonus soutient en tout la thèse opposée à celle de "• Estienne : il va jusqu'à mettre le latin au-dessus du grec, et il repousse, comme un dan^cer pour la religion, l'emploi de la langue vulgaire dans m les lettres sacrées ». *. Pr^ccU., p. 17.
^' Kstienne cite encore les ouvrages apologétiques en faveur du toscan de Bernardino TomitâDo (1542) et de Paolo Mini (1577). V. les notes bibliographiques de Fcugère ^rictli, p. 17 et 20) «. PrêreU., p. 37.
une dérivation de la langue d'oïl. Il est cependant obligé de traduire beaucoup de ces mots provençaux par des équivalents dont la différence même aurait dû lui prouver surabondamment l'indépendance du provençal. Quant à dire que Titalien doit au français « la reconnaissance d^une fille pour sa mère * », Terretir est d'autant plus forte que de ces trois langues qu'il rapproche, c^e^t bien le français qui s'est le plus éloigné du latin, par la série de ses transformations; c'est lui qui, pour reprendre l'expression d'Estienne, serait, à ne considérer que la forme des mots, la langue la plus « dépravée ». Un instant, Estienne entrevoit l'objection : ces mots que les Italiens ont en commun avec nous, ne les auraient-ils pas tirés comme nous du latin ^? Mais il la repousse sans examen <, et il s'ingénie dans l'erreur, quand, présentant sa thèse sous une autre face, il attribue une origine française aux significations italiennes qui manquent en latin, mais sont dans notre langue^.
Toutefois, si nous laissons de côté les conclusions, certaines de ces remarques sur la dérivation ou sur les idiotismes ne laissent pas d'être justes. Bien que l'auteur se défende « d'user des termes de l'art », son ouvrage, surtout dans la dernière partie, est un traité de grammaire française comparée à la grammaire italienne. Il était nouveau pour l'époque, il reste encore aujourd'hui pour nous instructif. Henri Estienne avait de l'italien plus qu'une connaissance superficielle. Les trois séjours qu'il avait faits dans le pays lui avaient permis de le pratiquer *. Aussi bien prend-il ses informations aux bonnes sources : il a lu et il cite de copieux traités faits par des Italiens. En discutant avec ceux-ci, il leur emprunte des arguments, c'est-à-dire des exemples.
La partie proprement française du livre de la Precellence^ c'est la revendication des richesses de notre langue. Henri Estienne eût sans doute mieux fait de s'en tenir à ce côté solide de son apologie. Mais, malgré ses défauts, ce livre n*en est pas moins