Ibid.^ p
3. Précéll.f p. 324. Dans une lettre adressée de Paris, le 13 septembre 1582, à Tltalicn Pinelli, son compatriote, Filippo Pigafctta exprimait Tintention de répondre au livre de la Précellence; et il indiquait en deux lignes le point essentiel de sa réfutation : « e bisoj^nerà vedere nelle vecchie istorie i gradi del mutamento in Italia délia lingua latina buona in questo linçuaggio ruslico e catlivo; e, se guadagniamo qucsto punto, abbiamo vinto. • (V. 7asso, opere^ t. XXIII, p. 92.)
4 V. Précell.^ p. 32, 33. A Naples, si nous l'en croyons, il réussit à se faire passer pour Italien, au moment où, chargé d'une mission seci'ète par G. de Selves, il allait Hix découvert. Mais il faut rabattre un peu de cet éloge que II. Estienne se décerne A lui-iiiémc !
LE FRANÇAIS ET l'iTALIEN 223
l'une des œuvres les plus originales et les plus captivantes de la critique du xvi* siècle, alors qu'en Italie comme en France la crilique était à la fois littéraire et grammaticale, chacun cherchant dans l'étude de la littérature la glorification de sa langue nationale.
Or, Henri Estienne a écrit trois ouvrages dont le retentissement et dont rinfluence sur la critique de son temps nous sont prouvés. Avant de quitter les Italiens, signalons un petit traité fait en Italie sur le plan même de la Conformité du langage françois avec le grec. L'auteur, un certain Ascanio Persio, se fait fort de démontrer la H conformité de la langue italienne avec les langues les plus illustres de l'antiquité et principalement avec le grec ^ ». Il retourne au profit de Fitalien Tai^umentation de H. Estienne qu'il ne nomme pas, mais qu'il désigne plusieurs fois assez clairement ^. A ses yeux tout ce qui dans l'italien n'est pas dérivé du latin, est grec, et non lombard ou venu de quelque idiome barbare. Il ajoute que de son temps encore on parle im grec corrompu autour de la rivière de Gènes. Ascanio reconnaît d'ailleurs que V article et beaucoup d'autres traits linguistiques qui « viennent du grec » l'italien les a en commun avec le français et l'espagnol.
Revenons en France. Si ce même livre de la Conformité a été copié par Ramus ^, nous allons constater en plus la fortune des Dialogues du nouveau langage et de la Précellence^ en considérant deux contemporains de Henri Estienne, dont les travaux ont plus d'une ressemblance avec les siens, et pour cause : Claude Fauchet, Estienne Pasquier. En même temps nous compléterons cette vue d'ensemble sur les thèses de notre grammairien, en montrant ce (pi'il connaissait de la vieille langue française.
1. ■ Discorso di Ascanio Persio iniorno aUa conformita dclla ling^ua italiana con le piu nobili antiche linj^ue e principalmcnte con lagreca. In Venctia, Gio. Bail. Ciotti,
3. • Tanto più chc a^^li scrittori Francesi è piaciuU> di farc il niedesimo in trattando lamedcsima materia per la lin^ua loro » (p. 15} — « Si studiano anche di scoprirc ncUa nostra lin^a molli difetti, e nella loro molli vanta^j^gi per farc scala al più dejçno iu>^o: ma l'amor deUa palria puô scusar^i^li; e certo è da commendarc se non alti*o •Iiueno la voglia e la 'nlentione in loro... »
3. V. noire 1*^ partie, p. 191-92; nous reviendrons plus loin sur la grammaire de Ramus.
224 H. ESTIENNE GhAMMAlRlEN FRANÇAIS
Comparaisou de Claude Fauchet, d'Estieane Pasquîer et de Heari Estienne; rétude de la vieille langue au xvi^' siècle. — Fauchet et Pasquier oat largement mis à contribution Tœuvre française d*Estienne; mais par la méthode ils ont été supérieurs à leur devancier. — Conclusion sur le débat entre partisans et adversaires de la langue et de la littérature française.
Le Recueil de C origine de la langue et poésie française^ par Fauchet, parut en 1581 ^ L'auteur y faisait preuve, comme on rajustement dit, « d'un sens critique supérieur à celui de H. Estienne 2 ». C'est qu'il avait plus nettement posé la question d'origine, sans s'embarrasser de l'hypothèse du grec. Il pensait que le français devait s'appeler « romand plustot que françois, puisque la plus part des parolles sont tirées du latin ^ ». Mais Fauchet faisait au gaulois dans la formation de la « langue romande » une part excessive ; Henri Estienne s'est moins arrêté que lui à cette hypothèse.
Tous deux connaissaient le vieux langage et lisaient les « ronnmans ». Fauchet est même remonté plus haut qu'Estienne, puisqu^il a cité les Serments de Strasbourg *. 11 a donné dans la 2^ partie de son recueil de V Origine « les noms et les sommaires de cxxvu poètes françois vivans avant l'an mccc. » L'œuvre de Guillaume de Lorris et de Jean de Meung lui est familière, comme elle l'était à H. Estienne ^. 11 rappelle à bon droit l'universalité de la langue française au moyen âge : « il y avoit alors plus de gens qui faisoient conte de notre langue qu'aujourd'huy ^ » ; et reprenant la thèse même soute* nue par Estienne dans le livre de la Précellence^ il montre tout ce que les Italiens doivent à notre vieille littérature épique et lyrique. En analysant les fabliaux ou fableaux "^ « c'est à dire contes de plaisir et nouvelles mis en ryme ® », Fauchet y reconnaissait la
1. Claude Fauchet « président à la cour des Monnoyes » fait hommage de son œuvre à Henri III, en louant à son tour Téloquence « de ce roy ami des lettres ». Fauchet publia aussi le Recueil des antiquités gauloises et françaises. Paris, 1579.