‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 219 sur 533 · L. Clkvext. — Henri Estienne · texte numérisé non relu

L. Clkvext. — Henri Estienne

Henri Estienne n a pas eu, sans doute, ce mérite singulier pour l'époque de se faire Téditeur de nos vieux trouvères. Il a essayé du moins de renouer la tradition du moyen âge, et de rattacher au passé la langue et la littérature de son temps. Cela ne Tempéchait pas d'ailleurs de fixer les yeux sur Fidéal antique de la Grèce et de Rome. L'helléniste se complaisait dans la lecture des fabliaux et des chansons de gestes. Et c'est là, si l'on veut, une contradiction particulièrement inhérente au génie de la Renaissance française, de chercher à devenir classique tout en restant populaire : elle subsiste chez Henri Estienne. Dans un de ses Dialogues^ il s'est lui-même dépeint « ayant une vieille table chargée de vieux livres François, Rommans et autres, dont la plus grande part estoit escrite à la main.. » et il disait « que par la lecture de ces vieux Ronunans on descouvroit de grans secrets quant à la cognoissance de Tancien langage François ^. »

Comme devait le faire Fauchet, Estienne a soin d'opposer Tancienneté de nos romans aux premiers essais de la littérature italienne : nous en avons, dit-il, » qui pourroyent estre les bisayeulx, voire trisayeulx, du plus ancien auteur qu'ils ayent'*». Il est entendu cependant qu'il ignorait le vieux moyen âge : les citations qu'il fait, soit pour détacher un vers qui lui a plu, soit pour recueillir un mot expressif, il les emprunte à des œuvres dont la date est comprise entre lexii® et la fin du xiv® siècle : \eroman d'Alexandre^ (xii* siècle) ; le Tournoyement de V Antéchrist ^ par Huom de Meri * (xiii*); « la satire que Hugues de Bersi composa contre les vices regnans de son temps ^ » (xin*^); le roman de Judas Maccabeus (xiii* siècle^); du XIII® encore le roman de la Rose"^ que l'imprimerie avait d'ailleurs répandu; le romande Perce forest (xiv**) qu'il avait pu lire dans

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