‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 223 sur 533 · ESTIENNE PASQUIER · texte numérisé non relu

ESTIENNE PASQUIER

nomme pas plus souvent Henri Estienne ^, et qu'il n'en parle jamais dans ses Lettres^ où il discute tant de questions littéraires, en soutenant, pour l'ensemble, les mêmes doctrines que l'auteur des Dialogues et de la Précellence.

Ces deux hommes étaient cependant faits pour se plaire et pour se rapprocher : ils avaient l'amour de leur langue maternelle *, sinon plus vif, peut être plus entier chez Pasquier, qui refusa d'écrire en latin ; une curiosité qui les portait à rechercher les vieux mots 3 comme les métaphores populaires. Leurs idées littéraires étaient à peu près les mêmes. Pasquier avait, dans sa jeunesse, sacrifié à la mode du temps, en écrivant son Monophile et ses Colloques d^ Amour ^; mais dans ses Recherches^ il combat l'imitation italienne. Il goûte autant qu'Estienne, les écrivains de la première moitié du siècle, et il préfère leur langue à celle qui suivit ^, mais il écrit un éloge de Ronsard d'une franchise éloquente, qui est digne de Ronsard et de Pasquier ^. Sur l'usage de la langue ils pensaient l'un comme l'autre. Pasquier repousse les « latineurs » et les italianisants; il s'attache à la tradition, et se résigne à grand* peine aux néologismes nécessaires ^ ; il estime que le poète « doit prendre ses paroles du commun usage ^. » Tous deux enGn, malgré la diiïérence

1. n parle encore une fois de H. Estienne au viii^ livre des Recherches, pour repous> ser sa théorie sur les orif^ines grecques du français. (V. Recherches , viii« chap), p. 677.) Cela fait en tout deux courtes citations, un compliment et une critique! Nous savons cependant que Henri Estienne était en relations avec Pasquier. Il lui avait rendu visite à Paris. V. dans VAulu-Gelle de 1585, Tépitre dédicatoire à Achille de Plarlay. C'est dans la bibliothèque de Pasquier qu^Esticnne avait vu et lu pour la première fois le factum de Louis Vives contre Àulu-Gelle ; et c'est à Vives qu'il répond dans son Apoloyia A. Gellii. V. dans ce volume de 1585 : les AoHes parisintede II. Estienne ajoutées aux Nuits Aiiiques.

2. V*. la lettre à Turnèbe [Lettres, t. I, p. 6). Pasquier plaide contre Turnèbe la cause du français, et il dénonce Tinsuffisance « de cet ancien romain » incapable de s'appliquer aux usages modernes.

3. Pasquier recherchait aussi les manuscrits de l'ancienne littérature. V. Recherches, Vi, 39, 40 ; VII, 3, 42. Il cite les vieux écrivains dont plusieurs passages ont, grâce à lui, « couru par la main du peuple » (III, 42;, et il bl&me ceux qui ont rajeuni dans leurs éditions le texte du Roman de la Rose (comme Clément Marot\ ou de Joinville, ou de Froissart. « En ce faisant, ces gaste-tout nous frustoicnt entièrement de la cognois» sance de l'ancienneté de nostre langue >* (V^III, 46, p. 758. Cf. Lettres, t. I , p. 86, lettre à Cujas;.

4. Monophile, 1554; Colloques d^ Amour et Lettres amoureuses, 1567. V. sur les poésies de la jeunesse de Pasquier, C Essai de L. Feugèrc.

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