S RECHERCHES ET SA MÉTHODE
sans presque en retrancher rien, il faut prendre garde aux mots vieillis, aux archaïsmes qui ont indûment passé d'une édition dans les suivantes. D^autre part le dictionnaire est loin d'enregistrer tous les mots usités à telle date, et les premières éditions, consultées par Henri Estienne, présentent malheureusement tiop de lacunes. Ceci nous avertirait déjà qu'il n'y a point cependant puisé toute son érudition, si nous ne savions par ailleurs tout ce qu'il doit à ses propres observations.
C'est la langue parlée plus que la langue écrite et littéraire que les auteurs du dictionnaire avaient cherché à saisir. Si Robert Estienne, dans la préface de 1549, prie le lecteur de l'avertir des mots qu'il trouvera « es Rommans et bons autheurs françois », il est manifeste que lui-même a dépouillé peu de livres ; et Charles Lstienne dans sa préface de 1552 fait cette déclaration : « 11 n'est pas douteux que celui qui écrit pour tous * [c'est-à-dire l'auteur même du dictionnaire], doit se servir du langage de tous ». C'est aussi la langue parlée qui a préoccupé Robert dans sa grammaire ^ et Henri dans ses Hypomneses, Un grand nombre des expressions et des locutions qu'ils citent sont l'écho de la conversation familière de leur temps. Mais aucun grammairien, aucun écrivain non plus ne nous a plus abondamment renseignés que Henri Estienne sur la langue parlée dans les milieux les plus différents : la cour, le palais, la boui^eoisie, le peuple, à Paris ou dans les provinces. C'est par là que son témoignage est important et précieux, à condition toutefois de le contrôler, quand on le peut, ou de savoir l'interpréter. Et comme d'autre part il a étudié de près les écrivains et particulièrement les poètes, on voit à quel point il a élargi le champ des recherches grammaticales.
La phonétique de Henri Estienne, en tant qu'elle vise l'étymologie, est à coup sûr la partie morte de son œuvre. 11 est inutile que nous perdions notre temps à redresser ses erreurs. Quelques exemples suffiront pour faire toucher le vice fondamental de cette méthode étymologique qui est celle de tous les grammairiens du x\T siècle, qui est encore suivie par Ménage, et à laquelle on n'a >Taiment renoncé que depuis Diez : considération de l'écriture, mais négligence de la nature des sons, ignorance absolue du rôle de laccent tonique du latin dans la formation des langues néo-latines ;