Lipsii lat.j p. 532-33; même étymologie dans Diez
HISTOIRE DE LA LATINITÉ 2i5
grander ou gronder du vieux latin grundire, auquel a été substitué g ru nn ire *.
Dans le De laiinîtate suspecta et dans ses Hypomneses^ il a noté la loi de Ve prosthétique en français : spiritus, esprit ; spargere^ espardre ^ ; et il a opposé les formes estude et studieux , espace et spacieux^ en observant que les adjectifs sont ici de beaucoup postérieurs aux substantifs ^. C'est ainsi qu'Estienne a plusieurs fois signalé la juxtaposition dans la langue de deux formes différentes pour un même mot latin : ce que nous nommons des doublets *.
Arrivons maintenant à la latinité postérieure à Tépoque clas* sique. On peut regretter qu'Estienne n'en retrace pas plus nettement les limites ; les termes dont il se sert pour désigner cette latinité « postérieure » qui n*est plus celle c< du bon et pur latin », mais qui n'est pas non plus cette latinité plus récente, ou tout à fait récente ^, qui n'appartient pas davantage aux écrivains « ecclésiastiques », ces termes sont sans doute trop vagues. Mais comme Estienne cite le plus souvent les écrivains ou les œuvres où il prend ses exemples, nous pouvons assez facilement nous retrouver dans toute cette histoire, et savoir où Fauteur nous mène. Il semble qu'il étend la bonne latinité au moins jusqu'à la (in du I*^^ siècle après 4.-C. : il considère comme classiques Quintilien et les écrivains de son époque. Mais Aulu-Gelle, Lactance, Firmicus Maternus, Âusone, Macrobe sont pour lui les représentants de la latinité M postérieure i>, avec les grammairiens Festus, Donat, Priscien, Diomède, etc., avec les jurisconsultes Ulpien et Modestinus, avec le traducteur latin de la Bible, S^.-Jérôme, qu'Estienne désigne seulement par ces mots « vêtus Bibliorum interpres ® ». Remar-
\. Lipgii lût., 533; grnnnire a donné groigner^ grogner (v. Schelcr). i. Hyp., p. 113; « espardre çà et là, il vient de spargerc ». (Rob. Est., 15 19), cf. espars, gparsu»; v. encore atrena^ esirennes (Lipsii Uit.^ 3i6).
3. Hyp.^ p. 114. — Eatuide, xii* siècle (Littré); esludieux, xiii*, La Rose (ibid.), Mtndieux, xvi* siècle {ihid.). Espace^ xii* (ibid.); espacios, xii* {ibid.)y « mer grande et spacîose », Liber psalm. xii* {ibid.}; mais ce latinisme accidentel ne s'imposera qu'au XVI* siècle. Etpacieux est encore signalé par H. Estienne comme dialectal [Hyp., p. 115,.
4. ■ ita ut duo nobis pro uqo vocabula produxerint » j^Hyp.^ ibid.). Nous en donnerons des exemples tirés de la^langue religieuse dans notre chapitre sur le fondé grec,