HISTOIRE DE LA LATINITÉ
D*autres termes du langage juridique des Latins ne répondent plus par leur signification aux termes français qui en ont été formés :
Si advocat a conservé le sens de advocalus S par contre procureur^ selon r usage du Palais, se traduira plus exactement par cogniior que par procuraior*. Tabellion répond* à tahellio (lequel d'ailleurs semble appartenir à un latin moderne) ; mais notre notaire * n*a pas du tout les fonctions du notariat des Latins, le notarius velox dont parle Martial^ simple Toe/tiypx^oÇi ou preneur de notes.
Ici donc Henri Estienne prend soin de distinguer les altérations du sens des mots. 11 se garde aussi de confondre avec la langue des jurisconsultes anciens le jai^on latinisé des modernes, les formules qui traînent au Palais ou dans TÉcole. On a pris par exemple eautela (en français cautele) dans un sens qui n'était pas latin; et c'est jargonner que de dire : cela est faict ad cautelam ^. Avons-nous tiré notre terme de brocard des brocardica de nos modernes jurisconsultes? Estienne observe plaisamment qu'il ne peut décider en cette matière vraiment brocardique^, puisqu'aussi bien Alciat l'a dit: la matière brocardique, c'est un assemblage d'arguments contradictoires *'.
On parlait latin, mais un latin très mêlé et modernisé dans les
1. Rob. Est., 1549, traduit l'un par Tautre, en distinguant ]*avocat plaidant et Tavocat consultant. {Idem dans la traduction française des ForensU de Budé.) Avocat, XII* siècle {Ldt.}. La forme populaire, avoués est dans le Roland.
2. Lat, #a«p., p. 67. Rob. Est., 1549 : « Le procureur du roy : cognitor principis popuUque actor publicuB et regius » ; mais dans un autre sens, le mot français représente le latin procurator : « à qui on a donne la charge de ses affaires ». Procureur^ xm» siècle (Lit.).
3. Rob. Est., 1549. « Scriba civitatis ». Tabellion, xx* siècle {Lit.); labellio est dans Ulpien.
4. Notaire avait au xvi* siècle le même sens qu'aujourd'hui, mais il était pris aussi dans le sens de secrétaire (V. Robert Est., 1549). Lat. susp., p. 72.
5. Ca n/eU (au sens de eau ho) est cependant dans Paulus (Rob. Est., 1552). Rob. Est., 1549, donne cautelle, au sens de ruse, sans indiquer eau fe(a ; xiii* siècle (Dicl. gén.); le sens juridique est dans Pithou {Lit.). Budé (trad. fr. des Forensia) donne caution^ mais non cMuteU.
6. Ce dérivé n'est ni dans Nicot, ni dans Rob. Est., 1549, qui donne brocard, bro^ tarder^ brocardeur. Pas de forme latine dans les deux dictionnaires. U semble que brocard dérive, par métaphore, de brocher (piquer) ; cf. brocart ^étoITe piquée de soie). Le Diet. génér. voit dans broquer une forme dialectale de brocher, mais il admet en même temps l'influence du nom propre Biirckard (cf. Littré), l'auteur d'une compilation sur le droit canonique (xi* siècle) ; ce n'est là qu'une hypothèse. Brocard, raillerie, et brocarder, railler, sont les mêmes mots (V. Du Gange : brocardica) ; zv* siècle (Lit.). Tous ces mots manquent dans la trad. fr. de» Forensia.