‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 250 sur 533 · Lai. susp · texte numérisé non relu

Lai. susp

LES LATlMSxMES 255

ne s*agit plus pour lui de prouver la conformité des deux langues, mais de faire cesser Tabus de ceux qui « écorchent » en français le latin. C'est qu'il estime que le français est une langue assez riche « en sens latins » pour qu'il soit besoin d y ajouter : au lieu de forger des mots, il vaut mieux se servir de ceux que nous avons, et que nous laissons trop souvent se perdre ^

Aussi se plaint-il de « TafTectation qui se voit es mots qu'on <t arrache du latin, desquels on ne sçauroit dire le nombre ; car « chascun descharge sa cholere sur ce povre latin, quand il ne sçait « à qui s*addresser... Voire n'est-il pas jusques aux femmes, qui ne « se veuillent mesler de l'esgratigner, faulte de luy sçavoir pis « faire - ». Dans ce passage Estienne ne donne aucun exemple de cette manie. Mais il y fait allusion ailleurs, dans ses Dialogues du nouveau langage^ et cette fois en citant des mots écorchés du latin. On remarquera d'ailleurs que la plupart sont loin d'être ridicules, qu'ils sont même assez bien formés, et qu'ils étaient sans doute utiles, puisqu'ils nous sont restés. Par cela même ils nous intéressent beaucoup plus que ces termes mort-nés, si peu français par la forme, et surtout parfaitement inutiles, qui ont vainement essayé de remplacer leurs équivalents français, et dont Rabelais nous a donné un amusant échantillon dans le discours de l'écolier limousin ^. On, comprend qu'Estienne, après Rabelais ait proscrit le barbarisme de forme latine, comme il a fait justement la guerre au barbarisme de provenance italienne. Encore ne devait-il pas qualifier indistinctement d'un titre injurieux tous les mots nouvellement acquis par les humanistes.

Par exemple, office est un mot qui « vint en usage premièrement entre les secrétaires d'estat, et peu à peu entre les autres courtisans. » Il est particulièrement employé dans cette expression a faire de bons offices au roy, ou à quelcun des plus grands » — « c'est ce qu*on disoit auparavant faire de bons services * ». Or quelle est Torigine de cette manière de parler? Estienne s'assure qu'elle » n*est venue en usage que depuis la traduction des epistres de Cicéron, faicte par Dolet. Car d'officium latin il en fist office en françois, au lieu de dire devoir,.. Et je di bien d'avantage qu'on

!. V. Précell, p. 170-171.

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