‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 279 sur 533 · LaL »o»p · texte numérisé non relu

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tion; mais est-ce à dire que le latin ait nécessairement copié le grec?

L'influence directe de la syntaxe grecque sur la syntaxe française a pu sans doute se faire sentir lors de la renaissance en France de rhellénisme, principalement par les traductions. Mais il est très remarquable qu'Estienne n*en a relevé aucune trace. Compare-t-il au texte de Thucydide la traduction française de Claude de Seyssel, il constatera que celui-ci (pas plus que le traducteur latin) n'a pris garde à un certain usage du génitif : xal SieXùv toIî xaXâciou xe^x^^v mais qu'il a traduit comme si Thucydide eût dit : iieXùv to 'icaXatbv teï/eç. Et c'est Estienne qui ramène le français au grec en corrigeant : « et ayant retrenché de la vieille muraille*... » Voilà pour rinfluence de Thucydide sur un des écrivains qui, au dire de Pasquier, a contribué le plus « à la polisseure de nostre langue^. » Quant au Plutarque d'Amyot, Estienne le loue^, mais il ne dit pas qu'il y ait rencontré des héllénismes, et pour cause : à ne considérer que les tournures de phrase et la couleur du style, il est plus facile de saisir les contrastes qui distinguent l'original de la copie que les traits qui leur sont communs. On a relevé des italianismes dans la prose d'Amyot, on en a même inventé ^ ; on a compté avec plus de vérité les mots d'origine grecque qui s'y trouvent en grand nombre ; mais a-t-on fait le départ des héllénismes portant sur la syntaxe ? N'est-il pas raisonnable de penser que la syntaxe d'Amyot fut, comme celle de Rabelais, celle de tout le monde ? La preuve a été du moins faite pour Rabelais dans un travail récent. Si l'auteur y a pris la peine « d'indiquer au passage quelques tournures de Rabelais où rinfluence grecque serait peut-être reconnaissable » il craindrait de leur attribuer trop d'importance en les rappelant dans sa conclusion ^. Le silence même d'Estienne est une preuve de plus que la syntaxe de ces écrivains ne devait rien au grec. S'il en avait été autrement, soyez sûrs qu'il l'aurait dit : il n'aurait eu garde de laisser éch^per ce nouvel argument à l'appui de sa thèse de la Conformité. Dans la lecture qu'il a faite de Du Bellay, il a noté ou cru noter des héllénismes, mais qui ne portaient que sur le sens d'un mot, sur la valeur d'une expression et non sur la syntaxe ^.

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