‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 284 sur 533 · V. Lit · texte numérisé non relu

V. Lit

7. Lut. susp.^ 327; xiv* dans Lit,; vieux fr. dr&gie (xv* tbiJ.), du bas-latin dragatn ou drageia (TporpjjjLaxa).

K. Il Al si latina itidcm voce ex eo vocabulo graeco facta ulamur, barbare loquamur. » Lat. siisp., 329.

l'élément grec du fonds latin 285

Par exemple cette expression : à ma phanlasie se traduira en grec par TU èjiiS ^xvrdLa(i.%Ti, mais non pas en bon latin, par phaniasia mea*^ ou meo ph^ntasmaie. Or Estienne donne à l'expression grecque le sens d' imagination y de représentation dans la pensée, « ce qui est dans certains emplois le sens du mot français ». Le pluriel grec répond aussi parfois à notre pluriel : phantasies '. — « Les choses de mathématiques sont cognues par abstrattion, imagination et phantasie », dit Oresme ^ qui écrit aussi fantaisie, « A ma fantaisie, il n*est rien que la coutume ne face » ( Montaigne "•). « S'il eust mis, comme moi, par esprit, ses fantaisies w {Ibid.) H. Estienne a écrit ailleurs : « nouveautés phantastiques, ut grsecogallice loquimur... ha? sermonis cpavracrtcoSeic novitates, sive imaginaria? *. » Fantastique avait pris dès Torigine • le sens défavorable que n'a pas fantaisie : faux, chimérique. « Envers ces fantastiques auxquels rien ne plaît que nouvelleté. » (Calvin, Inslil. chr, dans Lit,)

Parmi les mots que nous aurions tirés directement du grec, Estienne place avec assez de vraisemblance u Estradiot, très usité autrefois pour désigner un cavalier armé à la légère, et particulièrement un cavalier Albanois » : il pense donc « que ce nom est venu en France en même temps que ces Albanois^ et non antérieurement ». u Aujourd'hui on appelle par plaisanterie estradiot ou un petit estradiot un homme d'un esprit vif et d'un corps souple qui est prompt à démêler une affaire ou à venir à bout d'une entreprise '. »

Stratagème : Estienne emploie le mot qui « depuis quelque temps a trouvé lieu au language françois ^ ». Autre forme dans Rabelais : « tous les stratagemates et prouesses des vaillans capitaines » (dans Lit *.)

L'élément grec du fonds latin a donc été reconnu assez explicitement par Estienne, dans sa thèse de la Latinité faussement suspecte ; mais la thèse de la Conformité lui est autrement chère ; il y revient invinciblement : alors même qu'il aperçoit en latin le mot grec, il réclame le plus souvent pour le français une dérivation

1. Cependant phaniaêiA, au sens d'idée, de pensée est dans Sénèque ; le sens de viMon, d'imai^ination apparaît seulement dans Isidoin;. 3. LMt.MUsp., 330.

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