‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 304 sur 533 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

Le jai'gon grec et les hellénisants ; les créations de Rabelais. — Néologrismes employés par H. Estienneou relevés par lui chez J. Du Bellay. — ConclusioD sur cette histoire.

Si le langage technique des diiTérentes sciences peut et doit s'enrichir de mots grecs, à condition qu'ils soient bien formés, Estienne est loin d'approuver la manie de ceux qui hellénisent hors de propos ; lui-même s y est livré au cours de ses Dialogues du nouveau langage^ mais c'est en plaisantant et précisément pour railler c< ces beaux mots grecs gallicizez * ». Philausone reproche à Celtophile d'avoir dit « si délicats et si hapsicorea ^ » et : a une ellipse ou une hyperbole de nez. » Celtophile entend qu'il soit permis de dithyrAmbizer^ et de greciser tout ensemble, quand on veut rire; et il le prouve en expliquant comment une éclipse de nez ne peut se dire dans le même sens qu'une ellipse de nez ^. Sur ce, Philausone ne veut pas être en reste avec lui, et il se met à citer des mots grécisés, comme il faisait des mots italianisés. A vrai dire, Celtophile, c'est-à-dire Estienne, ne cache pas qu'il prend un certain plaisir « à ces gentils motz tirez du grec » surtout à ceux dont le sens n'a pas été changé et dont la terminaison est conforme à celle « qu*ont desja quelques autres anciens en nostre langue » et il tombe d'accord avec Philausone que former des mots de ce genre, « c'est bastir sur un fondement faict par nos ancestres* ». Malgré cette correction aimable, Estienne n'en blâme pas moins ce qu'un tel langage avait de pédant ou de trop fantaisiste. Le ton même de la discussion entre les deux interlocuteurs ne laisse pas de doute à cet égard : l'ironie est évidente.

u Quand nous voulons parler de quelcun l'argent duquel est éclipsé, nous disons, // est malade d'achrimatie ^. Quand nous voulons déclarer que quelcun est inconstant et variable, nous disons, // est subjecl à Fastaihie. Quand nous voulons dire, c'est un vanteur, nous usons de ces mots. C'est monsieur Alazonidc. » — « D'un donneur de belles paroles ou don-

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