LE JARGON GREC
neur d*eau beniste de cour, nous disons, cest un chreslologue, ou cesl un cAlomylhe ou cesl un hedy mythe, » Les gens u phantastiques ou bizarres... nous les signifions par un mot qu'on n'a garde de deviner, car nous les appelons selehiques^ comme si on disoit lunatiques. » — « Un homme qui se met incontinent en cholere ne sera pas désigné par oxychole ni par Pichrocole^ mots assez connus, ni même par Polychole^ mais par Tachychole •. » Un grand babillard est désigné par Therbe appelée athyroglossicj un menteur par Therbe pseudophile, un grand moqueur par rherbe polychleue*.
Sans doute, Estienne ne vise pas ici directement Rabelais, chez
lequel aucun de ces mots ne se retrouve, sanf Pichrocole qu'Estienne
semble trouver bon. D'autre part, Rabelais s'est asssez souvent passé
la fantaisie de ces créations bizarres, pour qu'on soit en droit de lui
appliquer la critique des Dialogues^, Mais tout ce passage est,
comme nous l'avons dit, à l'adresse de TAcadémie du Palais^ et
il nous révèle un aspect nouveau de Tesprit des académisies : le
pédantisme ou plutôt la préciosité savante. Le jargon grec se mêlait
donc, quoique faiblement et par l'intermédiaire de quelques lettrés,
au courant italien, au langage et à l'esprit des précieux de la cour^.
Si dans leurs discours académiques, Pibrac et Jamin se bornaient à
citer du grec^, Ronsard, moins réservé, risquait le mot de lycan-
ihropie'' et dans une de ses élégies, il nommait c( un fâcheux
chrysophile » quelque trésorier de l'Épargne ® ; cela vaut le chresto-
logue ou Monsieur A lazonide !
1. Notons que PichrocoUy a qui a une bile amère » est au sens propre dans Hippo« crate, au sens figuré d'acariâtre dans l'anthologie. (V. le dicl. grec de Bailly.) Les deux autres mots sont au contraire forges. (Bile violenle ou aigrie^ bile rapide.)
3. Di»l., ibid. Cf. I, 266-267. La discorde est appelée dichosUtsie, et la sagacité des tailleurs anchinœe.
3. V. : « briefve déclaration d'aucunes dictions plus obscures contenues on quatriesme livre » de Pantagruel. Nous relevons ageUstes « poinct ne rians » ; phUophaneê m con%*oileux de voir et cslrc veu » ; philolbéamony « convoilcux de veoir » ; ituicréoiu^ « gens qui vivent longuement » ; macrobe « homme de longue vie » ; gastrolastres ■ adorateurs du ventre m ; ponerople « ville des niarchans », etc.« etc.
4. V. notre Introduction, p. 45. Dans le sens où Baïf prenait le mot d'Académie, c'était un italianisme. Mais avant lui on s'en était servi en France, dans un sens plus général. « Académie : tout lieu d'exercice qu'on appelle Université » [Dict, Ut.-fr.) « La trilingue et noble académie qu'as érigée » dit Marot, épitre au Roy, 1535; et Rabelais écrivait en plaisantant a l'aime, inclyte et célèbre Académie que l'on vocite Lutcce » (II, 6^.
5. Sans doute ces termes de précieux et de préciosité sont des anachronismes. Mais Tesprit précieux commence au xvi* et c'est à la cour de Henri III qu'il s'est d'abord manifesté le plus clairement sous l'influence italienne (v. notre chapitre suivant}.