L'INFLUENCE ITALIENNE ET LE NOUVEAU LANGAGE
Si tout n'est pas italien ou italianisé dans le langage à la mode, une foule de néologismes subissent plus ou moins cette influence étrangère. — Distinction faite par H. Estienne entre les italianismes d'importation directe et les mots seulement influencés. — Action réciproque du langage parlé et de la littérature ; la recrudescence de Fitalianisme sous Henri III, dans la langue comme dans les mœurs, continue un mouvement déjà ancien, qui se prolonge après la satire d 'Estienne.
Le a nouveau langage » dont Henri Estienne signalait Tabus dès sa préface de la Conformité, était certainement composé des éléments les plus hétérogènes. Lui-même le disait en prenant soin de séparer du langage a bigarré et qui change tous les jours de livrée selon que la fantasie prend ou à M. le courtisan ou à M. du Palais de Faccoustrer », « ce François desguizé, masqué, sophistiqué, fardé et affecté à Tappetit de tous autres... françois italianizé et espagnolizé I. » C'était cependant, dès 1565, aux écorcheurs de l'italien qu'il en avait surtout, à ceux qui « sans aucune discrétion et sans aucun respect, sçavans et ignorans, se meslent de ce mestier^ ». L année suivante, il écrivait dans V Apologie pour Hérodote : u je ne scay où désormais on se pourra fournir de langage françois qui soit mettable par tout, veu que de jour en jour les bons mots sont descriez entre ceux qui s'escoutans pindarizer ^ à la nouvelle mode barbarizent aux oreilles de ceux qui suivent l'ancienne^. » Enfin la satire de 1578 dénonçait : « le nouveau langage françois italianizé et autrement desguizé principalement entre les courtisans de ce
1. Conform.y p. 20. En fait, H. Estienne n'accordait pas d'importance à rinfluence espagnole. V. la conclusion de notre chapitre. S. Conform,, 32.