L. CLéMfDCT. — ITenrî Estienne
306 H. ESTIEXXE r.RAMMAIRIEN FRANÇAIS
temps » avec plusieurs autres « nouveautez » et « quelques singularitez courtisanesques ».
De ces textes il résulte que si Titalianisme n'occupait pas aux yeux de II. Estienne tout le domaine du néologisme, il y était cependant prépondérant.
Les latinismes et les héllénismes que nous avons vus se répandre à la cour, en dépit de leur origine savante, et pénétrer jusque dans le bas peuple, n'étaient en somme dans le langage parlé qu'une faible minorité. Mettons à part d autres mots et des locutions de caractère purement français qui aussi bien n'avaient rien de très nouveau, particulièrement des traits de prononciation ou des fautes contre la correction grammaticale qui étaient tout autant et plus encore populaires que « courtisanesques ». Ne retenons ici que les néologismes qui sont nés à la cour ou de la littérature de cour, qui portent la marque de rafTectation et de la mode. Nous constaterons qu'ils relèvent, pour un plus grand nombre encore qu'Estienne ne Ta dit, de l'italianisme. Car cette influence est au moment de l'histoire où nous sommes placés si étendue qu'en dehors de ses conquêtes incontestables elle apparaît là même où nous ne songerions pas à la chercher ; elle atteint l'organisme de la langue jusque dans ses membres les plus vigoureux :
I]s ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ;
à plus forte raison quand des parties profondes nous remontons à cette surface légère et flexible où l'esprit de cour se reflète dans sa mobilité capricieuse.
La complexité du problème n'a pas échappé à noire grammairien : « Je laisse penser combien d'autres mots se sont insinuez en la bonne grâce de nostre langage par moyens subtils, sans que nous en soyons apperceus'. w Et il n'a pas manqué de distinguer de ce qu'il nomme « l'italien écorché »» ou « les beaux italianismes », « les mots françois chanj^ez non pas en mots eslrangers ', mais autres qui sont du mesme pays*^ »«.
I^aucoup de ces néologismes ont assurément du leur fortune, les uns passagère, les autres définitive, au patronage de la cour. Gardons-nous cependant d'exagérer l'action du langage parlé par la fy^rlion la plus brillante mais aussi la plus restreinte de la société parisienne. En déclarant qu'il ne faut chercher - ni ryme ni raison »» d.ms la c<>nversalii»n des courtisans. Estienne voulait sîgnitier leur