‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 313 sur 533 · I. 'Jonfjrm · texte numérisé non relu

I. 'Jonfjrm

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LA LlTTÉRATrRE ET LE LANGAGE PARLÉ 307

peu d*autorité en matière d*usage. Si la contagion de leur exemple n*élait pas aussi négligeable qu'il le prétendait — sinon, pourquoi les malmenait-il aussi vivement ? — il avait plus raison en leur reproehanid'ètreleséchos,d'ailleursinfidèles,deee qu'ils entendaient dire autour d'eux ou de ce qu'ils lisaient à l'occasion. Henri Estienne a fait lui-même une part assez large aux poètes et aux épistoliers, citant leurs mots préférés, peut-être même les mettant à contribution sans les nommer. 11 est vraisemblable d'ailleurs que les littérateurs ont copié, à leur tour, les courtisans, Français ou Italiens^; entre les uns et les autres il a dû se faire des échanges réciproques. Mais en fait la littérature n*avait pas cessé d'être, depuis longtemps, le grand véhicule des idées et des mots venus de l'Italie.

Presque tous les mots nouveaux mentionnés dans les Dialogues se lisent dans les écrivains contemporains de H. Estienne ; mais, ce qui est plus significatif, un nombre encore assez respectable se retrouve dans notre littérature, bien avant le règne de Henri III, chez Marguerite de Navarre ou chez Rabelais ; quelques-uns même nous amènent au xv^ et jusqu'au xiv® siècles ! La satire d'Estienne nous révélerait donc à ell^ seule les conquêtes plus anciennes de l'italianisme. Aussi bien qui voudrait tenter cette histoire, devrait reprendre à ce seul point de vue toute la littérature du xvi* siècle* et ne pas cataloguer seulement les emprunts directs chez les italianisants décidés comme un Mellin de Sainct-Gelays ou un Olivier de Magny^, mais rechercher les traces d'influence chez les écrivains plus indépendants. Il y a, par exemple, passablement de mots italiens, beaucoup trop au gré de H. Estienne, chez J. Du Bellay*; il y en a presque autant chez Ronsard ^, quoique ces deux

1. L'influence italienne s*est aussi produite dans les grands centres du midi de la France et notamment à Lyon qui était au xvi* siècle rempli d'Italiens. Le lan^a^e technique de la banque et des affaires a dû certainement beaucoup aux banquiers lyonnais, comme le tan^ajçe militaire a été favorisé par les capitaines italiens ou gascons de nos armées. Je me borne à signaler ici ce mouvement provincial qui est venu appuyer Fexemple de la capitale.

3. Malheureusement le nombre des lexiques que nous avons n'est pas encore assez considérable pour qu'une synthèse soit dès maintenant possible.

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