‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 317 sur 533 · Ibid., ibid,;ct. II · texte numérisé non relu

Ibid., ibid,;ct. II

7. V. les textes dans Thurot, t. I, p. 374 et sq. ; mais on verra que nous Hommes plus d'une fois en desaccord avec Thurot sur la manière d'interpréter ces textes.

d'arrêter son extension ^ Dans ses Dialogues, il la reproche uniquement, quoi qu'en ait dit Thurot, aux courtisans; il déclare expressément dans son « avertissement au lecteur » que « s'il a écrit les mêmes mots en deux sortes : non seulement François mais aussi Frances^ et non seulement je disois, je ferois, mais aussi je dises^ je feres^ etc. c'a esté pour représenter la prononciation usitée en la cour, laquelle monsieur Philausone veut retenir, maugré qu'on en ait^... » et chaque fois qu'il y revient, il la nomme courtisanesque '. Mais quelle en est l'origine ? Thurot la croit purement française, ou plutôt dialectale. 11 y voit une particularité du parler de Paris et des environs, produite d'ailleurs sous l'influence du dialecte normand. Il repousse absolument, non pas même l'origine, mais jusqu'à l'influence italienne. Quant au témoignage de Henri Estienne, Thurot le croit favorable à sa propre doctrine ; il prétend qu'Estienne n'a pas ici conclu à l'imitation du langage italien. Sur ce second point nous estimons que Thurot s'est mépris, comme il nous semble qu'il a été trop absolu sur le premier. Il est vrai que Henri Estienne n'a pas exprimé sa pensée assez explicitement ; mais en l'interprétant Thurot l'a dénaturée : si Estienne ne ramène pas formellement et uniquement la prononciation de é à l'italianisme, il y a cependant vu, pour une large part, une influence italienne.

« Quant à François^ Anglais^ Escoçois^ Milanais, il y a long temps que plusieurs d'eux [des Italiens] ont confessé n^avoir pas la langue bien faicte pour les prononcer : et pourtant suyvans leur langage naturel qui dit Francesé, Inglesé^ Scocesé, Afilanesé^ ont esté fort joyeux d'estre quittes pour dire pareillement en parlant le nostre, Frances, Angles, Escoces^ Milanes, et pareillement féminins, Francese, Anglese, Escocece^ Milanese. Et je scay bien qu'entre vous courtisans trouvez tous ces mots de trop meilleure grâce, pource qu'ils sont plus mignards, et qu'il ne faut pas que les dames ouvrent tant la bouche^. En résumé, les Italiens se sont amusés à prononcer è au lieu de oi ( = oué), à la mode de leur pays; et les courtisans français ont prononcé comme les Italiens. Voilà ce que dit Estienne, et il déplore le jour où si on n'y prend garde, « les François deviendront totalement Francésy*^ prononciation qu'il déclare ubastarde ».

Il est vrai qu'Estienne dit d'autre part : les courtisans qui prononcejit la reyne pour la rogne « se pourront défendre aussi de l'autorité de quelques

Page 1