‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 325 sur 533 · Thurot, II, p. 754 et sq · texte numérisé non relu

Thurot, II, p. 754 et sq

Traces de Tinfluence italienne dans la syntaxe française : elles sont rares et dans presque tous les cas difficiles à démêler. H. Estienne a cependant signalé les deux ou trois faits les plus certains.

Si H. Estienne a eu le tort de ramener dans sa thèse de la Précellence l'italien au français, gardons-nous de Terreur contraire, où il est d'autant plus facile de glisser qu'on aborde Tétude comparée des tournures et de la syntaxe des deux langues. C'est ainsi qu'on a cru découvrir chez Amyot * une foule d'italianismes que le français avait bien le droit de réclamer comme sa juste propriété. Soutenir, par exemple, que au partir est un tour à la fois grec et italien, n'est-ce pas ignorer la tradition de la vieille langue française? Et n'est-ce pas aussi méconnaître le français le plus usuel du XVI® siècle que de rapporter à l'italien des expressions comme trop plus^ trop mieux, le plus de temps, pourtant (c'est pourquoi), fors que^ hors que^ combien que^ etc.? Estienne ne se trompait pas plus lourdement en disant que les Italiens « picardizent » avec leur qui : « di qui a quindici giorni; en picard, d'iqui à quinze jours - », qu'ils avaient pris au français ces façons de parler : « non ha lungo tempo, il n'y a pas longtemps ; io vi so grado di quella cosa : je vous scay gré de cela ; cosi prese a dire^ il se prit à dire », etc. ^.

Les faits de syntaxe qu'Estienne signale comme nouveaux et où nous avons reconnu l'influence de l'italien, sont extrêmement rares, ce qui ne veut pas dire du tout qu'on ne pourrait en trouver d'autres dans le français du xvi® siècle.

Emploi du pluriel au lieu du singulier, — Au nouveau langage Estienne reproche l'emploi du pluriel dans certaines expressions : faire ses couches^ pour sa couche. Il s'étonne ironiquement qu'on ne dise pas aussi les grossesses de madame^ pour la grossesse. Les courtisans disent encore : vos bonnes grâces et non vostre bonne grace\ et « quand ils boivent à quelcun : je salueray vos bonnes grâces * ».

1. De Blignières, dans son ouvrage sur Amyot et les tr»dactears français aa XVl* siècle. V. en particulier dans les appendices la note O, p. 413.

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