Dial.y I
6. A la protestation de Caro et de Bernardo Tasso ajoutons la critique plus grammaticale que morale d*un autre Italien, Giulio Ottonelli. Il est du même avis qu'Estienne ; la tournure est incorrecte, elle n'en est pas moins restée. « Discorso sopra r abuso del dire : sua Santita, sua Majesta, sua Altezza, senza nominare il Papa, r Imperatore, il Principe, con le difese délia Gierusalemma liberata di T. Tasso, dall'oppositioni di gli Acad. délia Crusca. In Ferrara, 1386, in-8*. » V. aussi Benedetto Croce : « La lingua spagnuola in Italia. » Rome, Lœscher, 1895, in-8*. L'auteur de cet opuscule dit que plusieurs de ces formules de politesse étaient venues d'Espagne en Italie. C'est une constatation qu'avait déjà faite Bernardo Tasso.
l'influence italienne sur la syntaxe 321
fut qu'une tentative passagère, mieux accueillie parle langage de la cour que par les écrivains. Le fameux sonnet de Du Bellay à Baïf :
Bravime esprit sur tous excellentime,,.
Docte, doctieur et doctime Baïf^
a laissé croire que celui-ci s*était rendu coupable de ces jolis barbarismes. Il n'en est rien: les deux poètes s'étaient simplement fait un jeu « d'échanger un sonnet plaisant, bourré de comparatifs en ieurf et de superlatifs en isme ». On peut lire la réponse de Baïf, ou « gosserie contre le sonnet de J. du Bellay ^ ».
D'ailleurs, la vieille langue possédait quelques superlatifs tirés du latin : grandisme, saintisme^ etc., qu'il ne faut pas confondre avec ceux qui furent pris à l'Italie au xvi* siècle 2. H. Estienne place dans la bouche des courtisans : grandissime, doctissime^ bellissime^ bonissime ^ ; « sçavantissime , reverendissime, dit Pillot, ces formes sont à la cour d^. Gela venait encore directement de ces formules de politesse dont les lettres italiennes étaient remplies. Un seigneur italien était illustrissimo et eccellentissimo\ un cardinal reverendissimOy etc. Estienne écrit, dans son Apologie : « Ce meschant (voire trimeschantissime^ si dire se pouvoit^) ». Il enviait à l'italien cette dérivation qui lui rappelait la forme latine, et dans la Précellence il propose sérieusement : naturallissimement ^ !
De ces superlatifs italiens, quelques-uns sont arrivés jusqu'au XVII* siècle, comme grandissime qu'emploie M*" de Sévigné ^. Laissons les altesses sérenissimeSy et constatons enfin que le français n'a pas cherché à s'approprier les comparatifs.
Construction du pronominal remplaçant le passif, — Sur la syntaxe du verbe, nous n'avons relevé qu'une seule remarque d'Estienne qui puisse se rapporter à cette question de Tinfluence italienne. Il blâme cette « tournure affectée et hors du commun usage : « je me suis esclarci de telle chose » au lieu de dire « telle chose m'a esté esclarcie* ». C'est ici un des cas de la construction pronominale rem-
1. Poésies de Baîf, édit. B. de Fouquièrcs. Introd., p. xxix. Cf. sur cette question des mots en isme et Usime^ Hatz, Darm.y xvi* siècle, p. 228 et sq.
2. Peu nous importe donc de constater avec M. Rist. que h ^i^randisine soit dt^jà dans B. Latini » (v. note de Rist., DùlL, I, 285).