‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 331 sur 533 · LE LEXIQUE · texte numérisé non relu

LE LEXIQUE

Intérêt de cette étude; valeur in(^gale dos exemples apportés par H. Estienne. Les mots « écorchés » de Titalien ; la loi de rinfluence ; les mots ressuscites.

Le problème qui doit ici nous occuper avec H. Estienne, n'est pas, à proprement parler, étymologique. Que le mot italien dérive du latin ou de quelque autre source, qu'il se retrouve en provençal ou dans la vieille langue d'oïl, peu importe, à vrai dire ! A-t-il été pris ou repris, et sous quelle forme et avec quel sens par le français? Quel est le mot indigène que l'étranger a supplanté? ou tous deux ont-ils vécu simultanément? enfin notre langue manquait-elle d'un terme précis pour l'idée nouvelle qu'il s'agissait d'exprimer? Le néologisme était-il donc nécessaire? et pour les mois français qui ont seulement subi l'influence italienne, quelle était leur signification antérieure et usuelle dans notre langue * ?

1. On trouvera dans les éditions des Dialogues, publiées chez Lemerrc et chez Liseux, des index détaillés, sinon absolument complets, de ces ncolo^^isnies. Parmi les notes de M. Ristelhuber ^édition Lcmerre), il y en a de tiH>s savantes, surtout celles qui se rapportent à Thistoire des mœurs ; nous y renvoyons nos lecteurs. Quant aux noies spécialement philologiques, il nous a paru qu'elles ne remplaçaient pas l'étude que nous poursuivions dans ce chapitre. — Pour la langue italienne, nous nous sommes reporté au Dictionnaire de la Crasca (!'* édition, 1611 . et à. celui dWlberti (édit. de 1797, in Luca), qui a profité des éditions successives de la Crusca. Alberti a fait une compilation analogue A celle de Littré pour la partie historique; et comme il die ses auteurs, il est donc possible de dater (approximativement) les mots que Ton étudie, et de savoir du moins ceux qui ont pu agir sur la langue française, avant le xvn* siècle. Les dictionnaires italiens antérieurs à la Crusca, par exemple celui de Venuii ^Venise, 1569;, sont malheureusement très insutiisunts.

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Telles sont les questions qu'il y aurait lieu de se poser, en faisant sur les données mêmes que nous fournit H. Estienne, la revue des néologismes venus de Tilalien ou influencés par lui. Mais ces mots sont si nombreux que Tespace nous ferait défaut, si nous voulions nous laisser entraîner aux développements que chacun d'eux provoquerait. Nous insisterons seulement sur les exemples qui nous ont paru les plus significatifs. D'ailleurs cette question particulière de reloge ou du blâme qu'il y aurait lieu d'accorder à tel ou tel néologisme, n'est plus aujourd'hui que d'un intérêt purement rétrospectif. Quand des mots ont conquis droit de cité dans une langue, les considérations sur leur opportunité ou leur inutilité ne sont plus de mise. Le temps les a consacrés : respectons-les donc ! leur succès les justifie. Mais, en revanche, Thistorien de la lang'ue et celui de la littérature, ou simplement le spectateur de cette double histoire, s'intéresseront toujours aux débats qu'ont autrefois soulevés ces mêmes mots, lors de leur première apparition, aux luttes qu'ils ont eues à soutenir contre les forces vives de la langue à laquelle ils prétendaient s'imposer.

De ces termes italianisés que Henri Estienne place dans la bouche des courtisans, tous n'ont pas assurément la même valeur : quelques-uns même paraissent si baroques, si ridiculement écorchés de l'italien qu'on serait tenté de croire qu'ils ont été inventés par l'auteur pour les besoins de sa cause. Par exemple cette phrase proférée par Philausone, n'esl-elle pas, avec plusieurs autres, une charge évidente : <c Car ce seret une discortcsie de passer par la contrade où est la case des dames que sçavez, sans y faire une petite stanseK,. »? Et que dire de spacer/er^ de dcsturbe^ de (jofferie, de domestichessCy de discoste et d'autres de même allure, sinon que ces mots, avec leur terminaison française, n'étaient plus de l'italien et qu'ils étaient moins encore du français?

Je ne crois pas cependant que H. Estienne, s'il s'est amusé à grouper ces mots d'une façon burlesque, les ait tirés de son propre cerveau. Quelques-uns n'ont eu qu'un temps sans doute, ou qu'une heure : mais ils ont vécu dans la langue parlée. Ils se retrouvent pour la plupart dans la langue écrite.

Nous n'avons pas trouvé d'exemple pour contrade, italien contrada (rue) et domeslichesse ^ it. domesiichezza , familiarité (pour discortesie eicase, v. plus bas). — Desturhe : dislurbo^ empêchement; cf. Brantôme : destourber , empêcher, détourner, ital. dislurbare

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