Recherches^ VII, chap. 7, p
4. Nous le suivrons cependant dans Tcxamen de chaque groupe pour rendre la lecture de ces pages plus facile.
étendu au domaine des idées morales et abstraites qui est plus spécialement celui de la pensée.
/® Les termes de guerre et de marine.
En reprochant à ses compatriotes d'avoir pillé le langage militaire des Italiens^, Henri Estienne a dit avec raison que la langue française avait ses mots propres et qu'elle devait les conserver*. Mais c'est à tort qu'il accusait la langue italienne de rester à cet égard notre débitrice. Si les Italiens ont retenu quelques termes français, beaucoup leur sont communs avec nous, parce qu'ils les ont puisés aux mêmes sources que nous; c'est-à-dire pour ces termes de guerre non plus seulement au latin, mais aussi à l'allemand : par exemple ce mot même de guerre qui est d'origine germanique, et celui de bataille, d'origine latine •'*.
D'une part, des mots comme avant-garde^ arrière-garde peuvent être considérés comme purement français. On les rencontre au xii« siècle dans Garin le Loherain [Gode f roi/) * , D'autre part, avantiguardia^avanguardia^ ou vanguardia et retrognardia sont italiens. Il est bien difficile de savoir s'ils ont été influencés par le français : retroguardia est dans Villani {Alb\ Il en est de môme pour fortification et fortificazione qui sont anciens dans les deux langues.
Estienne déclare que « nous avons des livres où nous pouvons trouver les termes vrayement françois en la place desquels nous mettons ces estrangers ** ». Estienne Pasquier précise et nomme « les livres de la discipline militaire de Guillaume de Langey »; mais il observe qu'on n'y trouve pas le mot corps de garde, dont H. Estienne prétend dériver le corpo di guardia des Italiens; dans ce sens, le français disait : guet •.
Henri Estienne aurait bien fait de vérilîer ses exemples; il n'a pas assez consulté les sources françaises qu'il connaissait. Quant aux traités techniques écrits par les Italiens comme Lanteri,
1 . Nous avons eu Toccasion de rappeler (v%plus haut, p. 140, et note 7) que les Gascons avaient contribue pour leur bonne part  la fortune de ces ternies de puerre. C'esl qu'en effet, comme Ta montré M. Lanusse (ouvr. cité;, leur langue faisait la transition entre Titalien et le français. H ne faudrait pas cependant exagérer leur influence, ni attribuer uniquement à une origine gasconne des mots évidemment italiens.