L. CLéiiB?rr. — Henri Estienne
338 II. ESTiE?îNE <;r\mm.41rign français
(c que leur fort n*est aucunement tenable », qu*il y a fait une assez grande « brèche », et qu'ils ne voudront point se fier « à leurs autres forts ou bloculs' u. I> autre part, il nous avertit des métaphores que les termes de marine nous' oiTrent : calme, bonasse, tempeste^ d'où cette expression : un homme tempesiatip.
11 est vrai que la mode s^emparait aussi de ces termes de guerre, pour en tirer des expressions prétentieuses ou ridicules. Par exemple, « les tailleurs » avaient imaginé de dire à leurs clients : « cest^ccoustrement vous arme bien^ », tandis qu'inversement les armuriers appelaient un heaume « un habillement de teste ». Ce sera le style des marquis de Molière^.
Parmi les autres termes de guerre cilés par H. Esiicnne, voici ceux que le xvi^ siècle a transgiis à la langue moderne avec^ pour quelques-uns, de légers changements de forme :
Venus de riialien :
Caporal (autre forme corporal) [DiaL, I, 342); coronel {ibid,^ II, 38) ; escalade [ibid,, I, 346) ; escorte (ibid,, I, I4l) ; espion (dans Rob.Est., 1549. H. Est. emploie espie, qui est de la vieille langue : Apol.^ II, 108]; esquadron et squadron (Dial.^ I, 345); eslochade [ibid.^ I, 340); galère [ibid., II, 12) ; Uarquebouze ou harquebuze qui, au xvi® siècle, a remplacé, haquebuie, venu de Tallemand, [ApoL, I, 364 et PrécelL, 118) ; pistolet, dérivé de pistole (mêmes mots et mêmes sens en italien) qui avait signifié d'abord une arme à feu ; mais le mot ne semble pas pouvoir se rattacher, comme le pense H. Est., à la ville de Pistoye [Conform., p. 30, et ApoL,
I, 364) \ salve [DiaL^ I, 310) ; stafilade (d*où estafilade) (ibid.^ II, 277).
Influencés par V italien :
Embuscade {DiaL, I, 347) ; môle^ devenu masculin au xvi^ s. sous Tinfluencc de Titalien molo, au sens de digue en la mer ; dans Rabelais (v. Lit,); H. Est. signale seulement le sens de l'italien, en le comparant au latin [Lai, susp,, p. 348) ; patouille ou patrouille [Dial.^ 1, 345] ; ronde, [ibid,, I, 362); ces deux derniers mots au sens militaire.
Tous ces termes ne semblent pas antérieurs au xvi^ siècle, sauf galère, qui est de la fin du xi*' (v. le Dict, gén. et Lit,). Des 55 mots de ce groupe de la guerre, cilés par H. Eslienne, et qui sont, à des degrés inégaux, des italianismes, 40 sont restés dans la langue moderne.