LK LANGAGE DB LA COUR ET DES MŒURS
t* Mois se rapportant aux institutions, aux mœurs et à la mode. —
Les péjoratifs.
Ce groupe de mois nous place en pleine cour et au cœur même da nouveau langage. Les « secrétaires d'Estat », — Kstienne en D témoigné plusieurs fois, — adoptèrent les mots et les locutions de ritalie. Les autres en firent autant ^ Mais dans ces titres et dans ces formules de politesse, il est bon de séparer ce qui était cependant du cru français.
« S'il y a longtemps qu'on a honoré les rois de ce litre de sire », c'était en parlant d'eux et non, comme aujourd'hui, en s'adressant à leur personne, et en leur disant, non plus .nre roy mais «ire, tout court*. Remarquons seulement que les Italiens le pratiquaient en même temps que nous « Sire, io mando a V. Majesta » (v. Lettresde J. do la Casa, cité par Alb.) Messer est la forme italienne qui répond à messire. Eslienne remploie ironiquement : « quelque misser Fracasse'»; « quoiqu'il contreface de Tingenieux ou du magnifique messer de Venise » (Tahureau , Diat. , dans Lit.) C'est un tilre dont on abusait aussi en Italie : « oggidi s' usa di dare del messere e signore a ogni iurbo m. (Cecchi dans Alb.) Aussi Du Bellay Tavait-il placé dans la bouche de son courtisan romanizé : « messer, non ; messer, si » avec d'autres locutions à la mode. II. Estiennc en a pris note *, ainsi que de seigneurizer, formé d'après Tanalogie de signoreggiare : traiter en seigneur.
Il semble qu'Estienne ait critiqué cette expression qu'emploie Du Bellay « les grands seigneurs '"' » comme sentant Temphase italienne. Il dit expressément que c'est « à l'exemple des Italiens » que les courtisans appellent l'empereur des Turcs « le grand Seigneur » (il gran Signore*).
L'expression même de « secrétaires d'estat » est récente. Ils se nommaient antérieurement « secrétaires des commandements ^ ». Pasquier nous apprend que « les clers du sccré » prirent cette der-
I. V. notre 1'* partie, p. 130-131, et ci-dessus, p. 319, 321. 3. DUL, I, 160.