‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 36 sur 533 · liisc. nicrr.. p. v · texte numérisé non relu

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DrSCOURS SLR CATHERINE DE MÉDICIS 35

poussé la satire jusqu'à rextréme violence, et peut-être aurait-il reculé devant la brutalité de certains détails que nous lisons dans le Discours sur Catherine.

On a insisté sur ce fait que Pithou, au moment où Charles IX mourait, venait de retourner au catholicisme — qu'il n'était donc ni pour les réformés, ni cependant contre eux — et que les sentiments de tolérance et de neutralité religieuse qu'il devait avoir étaient justement ceux que manifeste Tauteur du Discours merveilleux ^. Mais d'abord c'est attacher trop d'importance à un état desprit tout à fait personnel, et que d'ailleurs on ne fait que supposer. Ensuite, il n'était pas nécessaire d'être un transfuge de la Réforme pour être un tolérant ! Si la neutralité religieuse était la première raison d'être, la grande chance de succès du parti des politiques, ne pouvait-elle pas non plus se rencontrer chez les huguenots? Que demandaient ceux-ci, sinon de pratiquer librement leur religion, à côté des catholiques? Ni Bèze, ni Duplessis-Mornay ne souhaitaient de voir s'éterniser la guerre civile ; aussi pensaient-ils qu'ils faisaient sagement en prêtant leurs concours au parti des Montmorency : les ennemis de la régente devenaient leu^ alliés naturels. De ce côté était aussi leur politique.

Allons plus loin : rien n'empêche qu'un protestant sincère ait écrit le manifeste. On se tromp.erait lourdement - si, prenant certaines expressions à la lettre, on y lisait du mépris, ou du dédain, ou seulement de l'indifTérence à l'égard des réformés. Nous y sentons, au contraire, plus même que de la sympathie : la pitié profonde pour les persécutions qu'ils subissaient. Dans ces passages mêmes où l'auteur affecte de parler au nom des catholiques modérés et des philosophes, il semble qu'il songe à défendre la liberté d'une autre foi qui est la sienne. Seulement il le fait de la façon qu'il croit habile : il lui suffit de prêcher à tous la tolérance. « Faloit-il tuer artisans, vicillars, femmes, enfans... meus seulement du désir de leur salut à suivre une autre religion ? *^ »

De temps à autre il dit « nous autres catholiques ^ », et il parle comme s'il était un grand seigneur de la suite des Montmorency ou des Guise ^. Mais l'émotion dont il est touché, en voyant couler

1. C'est du moins ce qu*a voulu dire Mosman dans sa lettre un peu hâtivement écrite.

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