‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 37 sur 533 · Dite, merv.f p · texte numérisé non relu

Dite, merv.f p

i. ib.,97.

36 HISTOIRE DE l'œUVRE FRANÇAISE

« le sang de ses frères » et des plus humbles *, contredit le ton qu'il veut prendre.

Enfin, cet homme qui affecte de rester neutre entre les deux partis, comme si les luttes religieuses lui étaient indifférentes, reproche fortement à Catherine qui était, elle, << de races d'atheistes, nourrie en athéisme » d'avoir « rempli d'à théistes le royaume et spécialement la cour de France. » Et il ajoute : « Or est-ce moins de mal d'errer en une religion que de n'en avoir point du tout, et faillir en un article qu'en toute la foy * » . Donc, il croit. Il veut que l'on reconnaisse « quelque différent de religion qu'il y ait entre nous, que neantmoins nous sommes tous François, enfans légitimes d'une mesme patrie, nés en un mesme royaume, sujets d'un mesme roy -^ ». Or la tolérance qu'il prêche, à qui doit-elle tout d'abord profiter, si ce n'est aux huguenots ? Il blâme encore Catherine de leur avoir donné des espérances qu'elle se promettait de ne pas réaliser : « elle se fait recommander à leurs Eglises et (Consistoires, leur fait livrer argent pour les frais des voyages des Ministres arrivans de toutes pars au Colloque de Poissi etc. » Et il conclut : «je laisse juger à tout bon catholique quel acte estoit cestuy-ci veu que les Huguenots avoyent tousjours esté condamnez par les Rois precedens, et n'avoyent point encor obtenu d'edict, par lequel leur fust permis de vivre librement en leur religion ^... ».

Mais faut-il lire ici une réprobation de la Réforme ? N'est-ce pas tout simplement un argument a fortiori, pour montrer la profonde dissimulation de Catherine? Or les huguenots ne pouvaient pardonner à la reine mère de les avoir à ce point dupés. Ledit de janvier (1562) en leur donnant libre exercice de leur religion « par les fauxbourgs de toutes les villes du royaume... a esté le fondement que depuis ils ont bien sceu retenir pour se justifier de toutes les guerres civiles '^. » Cette phrase reconnaît, il est vrai, la part qu'ils ont prise aux guerres, et comment la nier? Encore l'auteur plaide-t-il les circonstances atténuantes, en rejetant toute la responsabilité du mal sur Catherine.

Dans d'autres passages, il laisse encore plus nettement percer ses sympathies. Il est pour le prince de Condé contre son

Page 1