Conform.f
Cette action simultanée du latin littéraire et de l'italien sur le français^ on la retrouverait sans doute dans beaucoup de ces mots qui prirent faveur au xvi* siècle*. Parmi ceux que cite H. Estienne, ajoutons :
Grade au lieu de degré : « ceux qui sont en ce grade* ». Comme le mot apparaît à la cour, il est permis de le rattacher à Titalien grado plutôt qu'au latin gradus : « grado : per dignità... fu di grado maggior, chc lu non credi » (Dante, 7/?/"., c. 16); per grazia : tanlo per bcne oprargli venni in grado » (Dante, Par.^ 25, dans La Crusca).
Peregriner ', qui est dans la bouche de Philausone, comme dans celle de Técolier limousin. Rabelais emploie aussi peregrin^ pérégrination, pèregrinité (v. Aiï. et le lexique deMoland).Les trois premiers mots sont dans Rob. Est., 1549; exemple de pérégrination au xii* s. (Saint-Bernard, dans Lit,) Mais ce groupe « latin » semble avoir été favorisé au xvi* siècle par celui qui lui répondait en italien : peregrinare, peregrinazione, peregrino (autres formes en pelle...)
Révolution ^. Ce mot est appliqué par Philausone aux changements dans le costume, elCeltophile indique le sens plus latin ^ de retour : « il y a bien de la révolution, puisque la façon de nos ancestrcs... revient à faire son tour ». « L'air desgradé par moult de révolutions » (en passant par le pertuis de Toreille; H. de Mondeville, xiv* s., Lit.). Le mot manque dans Rob. Est. Amyot l'emploie plusieurs fois : « révolution et préfîx de temps » (dans Lit) ; « révolution et vicissitude de la fortune », dit Montaigne [ibid.) dans un sens déjà plus près de celui de changement. Le sens moderne et politique du mot français était depuis longtemps en italien : « scampô la cittàdi gran pericolo e rivoluzione » (Villani dans La Crusca*). L'italien avait d'ailleurs aussi le sens de retour d'une chose sur soi-même : u il fiume Coo discorre con varie rivoluzioni. » (Pétrarque, Hommes illustres^ ibid.)
L'extravagance de l'humeur et les écarts de Timagination ont été exprimés dans le nouveau langage par une foule de mots pittoresques.
Bizarre^ qu'Estiennc traduit, sans en dire Toriginc, par « un phantastique... un homme qui a ses façons^. Nous pensons que l'espagnol [bizarro) et l'italien [bizzarro] ont agi simultanément sur le français".
1. Par exemple dans alme^ que nous avons placé parmi les latinismes (v. p. 259). ). OUI., I, 131.