‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 366 sur 533 · DîmL · texte numérisé non relu

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8. Il ne parait pas nécessaire de recourir à linfluence de bigarré pour expliquer le sens de bizarre. Bijare ou bigearre n est pas seulement une forme orthographique comme le croit le Dict. gén. C est une prononciation différente de bizarre, comme le disent expressément Richelet 'dfc^) et Vaugelas (Remarques, tl, 33).

352 fl. ESTIENNK GRAMMAIRIEN FRANCAU

Chacune des deux langues prend le mot dans un sens différent qui se retrouve dans la nôtre au xvi* siècle : 1^ sens le plus habituel à respagnol : brave, vaillant (C. Oudin ; Lanoue, dans Lit.) ; 2® sens italien : emporté, qui se met dans une colère sauvage (Crusca) ; et en français, par une extension naturelle, fantasque, bourru : « c'est un petit homme bizarre et qui jure en diable » (d'Aubigné, dans Lit.). D'ailleurs La Crusca traduit aussi bizzarro par « ccrvel gagliardo, stravagante ».

Caprice, « C'est une volonté de faire quelque chose... subitement, sans aucune raison apparente' »> : italien capriccio. L'étymologie qu'Esticnne indique : capra^ propi*ement le saut de la chèvre, est en somme la plus satisfaisante '. 11 blâme ce néologisme et propose des équivalents, comme verve, quinte^ fantasie; ou encore pour dire u quelque caprice Ta pris » : u je ne sçay quelle mouche Ta piqué ». Capricieux est dans d'Aubigné et Carloix, rapporté au caractère ; caprice, employé aussi par Brantôme, désignera chez Régnier les saillies de Técrivain : « puis dessus le papier mes caprices je rime » {Sal. 12).

Humoriste est un équivalent de « capricieux, homme fantastique' », Estienne donne de même à humeur le sens de caprice, faniasie^ etc. Mais il a le tort de ne pas distinguer les nuances. Ce sens d^humeur se trouve dans Brantôme \ L'italien disait : « umore malinconico (vale pensiero stravagante). Umorista dicesi di persona fantastica ed incostante, instabile ed inquiéta » (Alberti et Crusca). Ce sens premier se retrouve encore au xviu^ siècle : u le philosophe Saint-Lambert, naturellement sévère et même un peu humoriste » (La Harpe, dans Lit.), Le sens d'écrivain fantaisiste et railleur est moderne, et s'est développé sous l'influence du mot anglais humour.

On disait encore dans le même sens « en la cour, et ailleurs aussi : cesi un philosophe, ou cesl un poete^y>, expressions qui ne se retrouvent pas en italien, u Vous verrez au long aller ce beau nom de poète venir au nonchaloir du peuple, ainsi que celui de philosophe que l'on adapte maintenant à ces tireurs de quint'essencc *. » — Quant à l'expression u stropiez de la cervelle^ », La Crusca ne la mentionne pas. Mais slropiéy qui a précédé estropié, vient de l'ital. slropiato (dans Montaigne^). 11 faut sans doute admettre pour les formes : stropiat, estropiât, l'influence du gascon *.

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