‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 371 sur 533 · Ksnnis, liviv m, chap. b · texte numérisé non relu

Ksnnis, liviv m, chap. b

l\. SanH imrler d'assassin et lV assassina leur, il emploie aniiquaUle [ApoL, I, 55); et accori ^i7)iJ., I, 2M9); il écrit « je le manie h ma poste », à mon gré, a tnia posta [(Umform.y IS4 ; cf. Diaf., I, 75); « elle s amouracha de leur coronel » et encore n Vamotirachement », sans prendre garde que ces mots étaient venus de Tilalien, amoracciare, amoracciamento (Dûii., II, 38^.

1. AfwL^ I, 3i. Cf. le te\t« des Prémires que nous avons cilé dans notre chap. du fonds grev, p. 302 et note 6.

CONCLUSION SUR l'iNFLUENCE ITALIENNE 339

paiement où pour plusieurs mots françois vous useriez ainsi d*un seul mot qui seroit élégant* ». On ne voit pas cependant ce que le français gagnait en élégance et en clarté à s'émailler de mots aussi rébarbatifs que « colaxeutiquement ei parresiastiquemenV^ ». Tout à rheure, nous étions obligés d^ouvrir un dictionnaire italien pour traduire Du Bellay : nous faudra-t-il maintenant feuilleter le Thésaurus grœcsB linguœ pour entendre le français de Henri Estienne ou celui de Rabelais? Mais cette objection, Estienne se Test faite à lui-même, puisqu'après tout il a condamné le jargon grec.

Laissons donc tous les jargons, quelle que soit leur origine, qu'ils soient « savants » ou modernes; mais admettons les mots clairs, bien formés, qui ont chance d'être saisis par ceux « qui ont quelques lettres » et qui, sous une image vive et originale, nous révèlent un aspect nouveau, une nuance plus délicate de la pensée ou du sentiment.

Aussi bien Estienne finit-il par concéder Tusage » de quelques mots italiens qui en la fin ont esté rendus familiers au langage françois », par exemple accort et accortement^. Mais cette nouvelle concession, il a beau la glisser en passant, elle n'en est pas moins considérable : elle ouvre toute grande la porte à tous ces termes abstraits que les meilleurs écrivains du siècle venaient d'accueillir ou qu'ils allaient consacrer, termes et locutions qui, en fait, ont été un véritable enrichissement pour la langue française. Seulement de ces néologismes autorisés Estienne refuse qu'on tire de nouveaux mots'* ; il voudrait limiter l'emploi de la dérivation aux seuls mots indigènes : c'est ici surtout qu'il n'a pas compris l'instinct invincible de la langue, s'empressant d^user de ce qu*elle a acquis et de le rendre productif. De caprice elle fait capricieux^ de parade parader, de risque risquer^ etc. Il y a plus : elle met en réserve des termes qu'elle semble dédaigner, mais qu'elle reprendra pour leur donner une seconde fortune : par exemple , balorderie '^ disparaît, mais balorde ou balourde^ revivent plus tard sous la forme balourd, qui donne à son tour balourdise'^, Burler et se bur- 1er se maintiennent encore au xvii* siècle ; burlesque est transmis

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