Dial.,}, 3i
4. Ces mots sont du xvi* siècle, sauf gambade, qui se rencontre au \y* [Dict. gén.). V. Vol.de Lyon,bi\ (Jeux rust., 113;, « prodigue de gambades »; note : « ut dicunt: payer en gambades.» Bastonnade {//i/yi., 88; est autant italien qu'espagnol (Boccace, dans la Crusca). Comme nous Tarons constaté plus haut, ce suflixe ade a été favorisé à la fois par ces deux langues et par le provençal. Estrade, attribué au prov. par le Dict. gén. (\v*) est devenu certainement un italianisme dans l'expression battre Vestrade, c'est-à-dire le pavé « batter la slrada », très usitée encore au xvii* s. (V. Lit.) « J'ai battu la strade », disait déjà Philausone {Dial., l, 50). Mais des mots comme glissade (xvi» s.) et œillade {xv* s.) semblent purement français.
5. Estienne applique marmaille à une foule de gens (et non spécialement à des enfants); or, c'est le sens exact du mol italien que la Crusca traduit par /)orda4;f(i>, vile multitude [Dial, II, 76). Pas d'exemple antérieur du mot français.
6. Chevaleresque n'apparaît qu'au xvir s. {Dict. gén.). V. plus haut, p. 313-14.
7. Grotesque chez Rabelais cl chez Montaigne qui aimait les mots en esque : farcesque, 'livresque, plaideresqne. etc. (Cf. Voizard, ouv. cité .
CONCLUSION SCR l'iNPLUENCE ITALIENNE 361
des Essars (1540 k 1560); et surtout la Diane de George (de Montemayor, traduite en 1519 par Colin, en 1582 par Chapuys. Mais l'engouement du public français pour la littérature espagnole ne se manifestera qu'avec la publication du Don Quichote (1605) ; et l'œuvre de Cervantes ne sera traduite qu'en 1618, par Rosset, A vrai dire, la société française ne commencera à étudier et à connaître la langue espagnole* qu'après 1600. Si, d'autre part, Tltalie, sa politique et sa langue ont paru subir avec l'avènement de Henri IV un moment d'écHpse, elles reprirent une nouvelle faveur quand le roi de France eut épousé Marie de Médicis. L'italianisme entra dans une seconde phase, pour disputer à Tinfluence espagnole le goût français pendant plus de la moitié du xvii^ siècle.
Il y a eu des mots venus de l'espagnol au xvi^ siècle : algarade^ qui est dans Des Périers ; camarade (proprement chambrée) dans Carloix^*; hablar prend en fri^nçais un sens péjoratif, hàbler^ d'où hâbleur^ j etc. Mais le compte de ces mots est bien petit devant la masse des italianismes. On comprend donc que Henri Estienne se soit borné à signaler en passant « le françois espagnolizé » pour s'attaquer uniquement à celui qui était « italianizé^ ».
Reste à nous demander, pour conclure, quel a été le résultat sensible de cette campagne. 11 est facile de faire la liste des italianismes qui ont passé victorieux dans notre langue; comparés à ceux qui sont demeurés sur le carreau, leur nombre est encore imposant ^. Mais les mots mêmes qu'Estienne avait le plus directement visés et qu'il avait frappés à coups redoublés, sont précisément ceux qui ont le mieux résisté ; en sorte que les italianisants auraient pu lui répondre :
Les gens que vous tuez se portent assez bien I On a fort exagéré TelTet produit par les Dialogues du nouveau lan-
1. Celle histoire est cncoix! tix>p peu connue pour nous permettre une affirmation, y. rarticle de M. G. Lanson, dans la Revue d'hisî, lilt, de U France^ 15 janv. 1896 : Ktudeâ 9ur let rapports de Li lU.fr. et de la lil. esp. au XVII* siècle (1600-1660). V. aussi l'ouvra^çe de M. Morel-FatiOf Études sur VEspagne, 2« édit., 1895. Peut-être faudrait-il moins retarder que ne le pense M. Lanson, la vo{çuQ.de la langue espagnole, si nous tenons compte de la Grammaire espagnole de César Oudin, dont la 3* édition est de 1610, et de son Trésor des deux langues qui amvc à sa 2* édition eu 1616.