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38 i II. ESTIENNE GRAMMAIRIEN FRANÇAIS
peuvent en tirer parti, les poètes avec plus de liberté, tout en observant un certain tempérament.
Que Henri Estienne ait comparé les parlers de la France aux dialectes grecs, et le français de Paris à Tattique d'Athènes, cette idée n'a de sa part rien de surprenant. Mais il s'est gardé de trop forcer le rapprochement. Car il sait que 'les poètes grecs allaient jusqu'à emprunter aux dialectes non seulement des mots, mais aussi les terminaisons qui leur étaient propres ^ ; il aurait même pu nous faire remarquer que le dialecte éolien, par exemple, était spécialement employé par les tragiques dans les morceaux lyriques, Tattique étant réservé au dialogue. Et je ne sache pas qu'aucun dialecte français ait eu cet honneur singulier de devenir la langue consacrée de la poésie lyrique ! Mais Estienne se défend de vouloir faire de notre langue littéraire ou poétique une combinaison d'éléments aussi divers, un mélange de sons discordants^. Sous prétexte d'enrichir la langue, il serait déplorable d'y jeter le trouble et la confusion.
L'éclectisme de la Pléiade n'était-il pas fait pour contrarier Tunité dont le français avait tant besoin? Ronsard conseillait cr d*user indifféremment de tous les dialectes ^ »; « et ne se faut soucier si les vocables sont Gascons, Poictevins, Normans, Manceaux, Lion* nois, ou d'autres pais, pourveu qu'ils soient bons et que proprement ils signifient ce que tu veux dire^. » Mais de même que pour le vieux français, il était à l'égard des mots dialectaux plus réservé dans son œuvre que dans sa théorie**».
1. Précell.^ 175. Henri Estienne est revenu sur cette question dans son De bene înslituendis grœcœ linguse siudiis, 1587. Les poètes français ont-ils le droit de prendre des mots aux dialectes en suivant Texemple des poètes ^recs? Cest ce qu*ont fait récemment, dit Estienne, Ronsard et Ou Bellay. Avant eux d'autres avaient pris cette initiative, mais en des matières plaisantes plutôt que sérieuses, et en s'adressant dans ce cas au picard de préférence. Cest ainsi que Marot a tiré de ce dialecte : mie pour pas et quelques autres mots. Mais ici encore Estienne estime quMl faut laisser aux dialectes leurs désinences et leurs inflexions [ibid.^ p. 93-94).
2. Dans le même ouvrage sur Tétude de la langue grecque, II. Estienne observe que « beaucoup de Français connaissent les mots et les façons de parler vulgaires, mais non les mots poétiques, ou du moins les mots anciens. Or la poésie française a moins de mots qui lui sont particuliers que la poésie grecque, w Aussi est-elle obligée de recourir aux archaïsmes et aux mots dialectaux, mais avec la mesure que nous avons dite, et en restant cependant intelligible au vulgaii*c. De bene Instil. gratcœ lin ff use siudiiêy p. 76 et 77.