Art poétique j t. VII, p
5. M. Mellerio n*a relevé dans la langue de Ronsard que « sept mots empruntés aux patois tourangeau, blaisois et vendômois » (ouvrage cité, p. xxxiii). Rappelons entre autres doagé « mot d'Anjou et de Vendômois, propre aux filandières qui filent le fil
A ceux qu'on arelevéschez lui, ajoutons a p/afe//e» usité, dit Estienne, en quelques lieux qui sont près de Paris * » et appendre qu'Estienne a relevé chez Du Bellay et dans Remy Belleau, en déclarant le mot dialectal ' : « dès icY je fais veu d'appendre à ton autel » ; note marginale : « Appendre j il est de son aveu... sic alibi ^ » et il fait remarquer que le mot représente le latin appendere * .
Cest là Tintérét que présente aux yeux d'Estienne le fonds dialectal : c'est que, comme la vieille langue dont il continue la tradition, il est riche en mots latins que la langue moderne a laissé perdre ^. Les différents parlers de la France «r se sont partagé les richesses de la langue latine^ ». Il arrive ainsi que tel mot latin subsiste dans un dialecte, et n'est représenté en français que par un dérivé.
Arable est français, arar se dit en Savoie. Estienne « ne feroit point conscience » de dire arer en français. Au vieux langage appartenait aréej encore usité en certains pays, et dont l'antiquité nous est prouvée par ce proverbe : « Les gros bœufs ne font pas les grandes arees^. » Aiguë eieve qui sont perdus, nous ont donné ai^ni'ére et évier ^. Estienne va même jusqu'à soutenir qu'en ajoutant à la langue française ses dialectes, on retrouverait ainsi la latinité presque tout entière. Du moins les dialectes servent-ils à compléter l'histoire de la dérivation : « aurage^ qui s'écrit orage ^ dérive de aura qui est usité en Savoie et ailleurs *. »
Quant ë l'emploi des mots dialectaux, voici les limites que les écrivains n'ont pas le droit de franchir :
de leur fuseau tenu el menu » comme l'explique Rcmy Belleau {ibid,^ p. 73). M. Marty- L« veaux en compte une dizaine, auxquels il faut igouter, de son propre aveu, une autre dizaine (au moins !) classés par lui dans les archaïsmes (V. lexique de U PUUde). Pour quelques-uns, le témoignage de H. Estienne nous apporte une lumière inattendue; par exemple pour appendrey non signalé comme dialectal dans ces deux lexiques. D'autre part, co/ln, que M. MaKy-Lav. cite à la fois comme un mot savant tiré du grec et comme dialectal, était dans la bouche des couKisans : « des coIBds à roupies » (v. DUl.^ I, 221) ; ce mot se retrouve dans Rob. Est., 1549. C'était donc tout simplement un mot français I 11 se rattache au grec, mais par rintermédiatre du latin {eophinus), xiu* s. dans God.
1. Une terrine. Précell.f 54. Cf. Mellerio, lexique de Ronsard.