‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 404 sur 533 · L. CLéMBicT. — Henri Estienne · texte numérisé non relu

L. CLéMBicT. — Henri Estienne

38ti 11. ESTIENNK GRAMMAIRIEN FRANÇAIS

/'• restriction : il y a des mots privilégiés^ qui sont tellement propres à un dialecte particulier qu'on ne aurait les mêler avec d'autres ; exemple : une femme brode , pour une femme brunette, se dit à Orléans, mais ne sera pas compris à Paris'. Et cette réserve restreint singulièrement Tusage des dialectes; c'est là un argument fort grave contre la thèse de la Pléiade.

S^ restriction : certains mots dialectaux sont « comme descriez, sinon qu*on en use par joyeuseté -. » Il faut donc les prendre dans une signification plaisante et ironique, comme ces mots du picard : caboche pour teste, cabochard pour tes tu ou tes tard,

3^ restriction : il faut laisser aux dialectes leur prononciation particulière, par exemple éviter la prononciation picarde de c pour ch ou de ch pour c^ {candele pour c ha ndele, panche pour pance) et, de plus, donner aux mots que l'on emprunte une terminaison française, s'ils en sont dépourvus*. Par exemple on changera arar en arer (labourer) et puar la vigne (putare vitem) en puer la vigne.

4^ restriction : la présence du dérivé en français n'autorise pas absolument l'emprunt du mot simple. Estienne n'ose pas reconnaître, même aux poètes, le droit d'employer aiguë qui répond à aiguière, et ève qui répond à évier '^. Il est vrai qu'il ne pose ici qu'un poin|( d'interrogation ; car enfin, avec cette dernière restriction, que deviendrait l'enrichissement du français par les dialectes ?

II y a d'ailleurs des emprunts nécessaires et dont la langue se charge elle-même, sans le secours des écrivains. Car il est telles choses qui « ayans un nom en un lieu, ailleurs n'en ont point. » C'est ainsi que le français est obligé de recourir w au gascon » et de lui prendre le mot de tocsin. Car « en toute la France il n'y a que ce seul mot pour exprimer ce qu'on veut dire quand on parle ainsi ^. »

Estienne reproduit, avec quelques corrections, le tableau de Charles Bovelles sur la prononciation de ouy et de oc, dans les différents pays. Comme Bovelles^, il est ici frappé par la variété dialectale, ce qui ne l'empêche pas de mettre au-dessus de tous les parlersi même au-dessus du parler de Paris, le bon et pur français. C'est là

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