ApoL, II, 119 et 120. V. ci-dessus, p
412 II. ESTIEN^E GRAMMAIRIE?^ FRANÇAIS
a Se plaindre de saine teste », « comme on dit en commun proverbe *. » « Boire à tire la rigaud *. »
« Les femmes qui ont joué de merveilleuses trousses k leurs maris'. » M Qui vous moquez d'un tas de veaux ^, »
On aura certainement remarqué, en parcourant cette liste, que Henri Estienne, malgré ses réserves théoriques, recourait volontiers pour Texpression de sa pensée à un langage vif, énergique et coloré qui sent le vrai peuple, celui des faubourgs, beaucoup plus que rhonnête bourgeoisie. Toutefois, même dans les passages licencieux de V Apologie pour Hérodote^ il n^use pas de mots bas, il ne nomme pas tout crûment certaines choses. C'est encore en cela qu'il se distingue de Rabelais. Jamais non plus il ne descend au jai^on : c'est-à-dire à ce langage de convention qu'il nomme aussi Y argot ^ que ce soit celui des voleurs^ ou celui des écoliers de l'Université. Les marchands de la rue Saint-Denis qui savent « à grand'peine » ce que c'est qu'un bachelier et un licencié, n'entendront pas qu un juppin signifie un débauché; un poste^ un vagabond; un galoche ou un galochier ou encore un capette des écoliers®. Estienne place cet argot en dehors du français. Mais Rabelais ne craint pas d'en user. S'il respecte la syntaxe, son lexique est une bigarrure de vocables de toute provenance. Sa main puissante manie et transforme les métaphores populaires, les allie à des mots grecs, latins ou italiens, et en fait sortir ces combinaisons d'un comique énorme qui sent déjà le langage burlesque'.
Les mots que Henri Estienne se permet, ou plutôt qu'il s'excuse de forger, relèvent très clairement de la dérivation française^, s'ils
1. Apol., I, 301 ; proprement : se plaindre à tort de sa santé.
2. ApoL, II, 260, d*api*ès Menot ; v. sur l'ctymolofcie difTërentes hypothèses dans Scheler.
3. ApoL, I, 272, Lex. Est. Trousse^ dans cette expression, si^cnifie « tromperie »: même locution dans Mairet (cité par Furetière\
•i. De sots, /iw/., I, 7, Lex. Est.