V. plus haut, p. 358, 364 et sq
n ont pas Toriginale fantaisie des trouvailles de Rabelais. Non qu il n'ait pris à son tour des mots dans le Pantagruel^ comme : chatemites ou pâtes peines^ \ encore a-t-il choisi ceux que la langue populaire avait adoptés , si même elle ne les avait pas créés. Et enfin, s'il ne s'est pas refusé quelques termes de « gausserie », il n'est pas allé jusqu'à la bouffonnerie. S'il parle de « descharger un peu nostre cervelle, qui est toute cornifistibulizée », il ajoute : « vous me permettez d'user de ce mot pour rire ^ » C'est peut-être le seul mot de ce genre qu'il ait employé. Gest que le burlesque est à mi-chemin de la langue populaire et du vocabulaire savant ; c'est un organisme monstrueux, et pour reprendre le mot plus simple d'Estienne, c'est un jargon.
Fautes de langage commuiieâ aux courtisans et au peuple : 1<* méprises, équivoques, impropriétés; 1^ incorrection grammaticale; 3° vices de prononciation. — Nécessité de fixer les hésitations de la langue.
Même dégagé des expressions dialectales et des «mots de gueux», le langage populaire est encore séparé du bon français par la correction grammaticale. Mauvaise prononciation, impropriétés, erreurs de conjugaison ou de syntaxe, ces vices ne sont pas d'ailleurs exclusivement le fait du peuple. On les rencontre à la cour ; et souvent ce sont de part et d'autre les mêmes fautes.
Henri Estienne est très frappé de cet accord : il n'a pas assez vu qu'il témoigne d'abord des tendances instinctives de la langue parlée, auxquelles on obéissait d'autant plus facilement que les règles du bon usage étaient loin d'être fixées avec certitude. A vrai dire le peuple ne parle mal que lorsqu'il essaye de s'assimiler des mots qui lui sont étrangers et qu'il ne comprend pas ; il en était de même des courtisans qui prétendaient hellénizer, latiniser, italianiser ou seulement pindariser; à leur tour, les marchands et les commères de la rue Saint-Denis travestissaient le langage du beau monde. Mais même en se trompant grossièrement, tous ces faiseurs de quiproquo et de solécismes suivaient encore les lois de leur langage naturel. Nous avons déjà reconnu le fait à propos des mots tirés du grec par les savants et si plaisamment déformés dans la