Diàl., II
bouche des ignorants ^ Les fautes analogues que H. Estienne a signalées relèvent tantôt de la phonétique, tantôt de la psychologie, parfois de Tune et de l'autre tout ensemble.
Les lois phonétiques ont agi sur des mots comme turbulent^ transformé par métathèse en trubulenl, et par Taltération de la voyelle initiale en tribu lent ^; beuvrage^ bruvage^ et breuvage. Autre cas de métalhèse populaire : une flabe pour une fable*; cf. flebe et feble (ou foible *); esplingue pour espingle^.
D'autre part, la similitude des sons a entraîné des confusions de sens : on a dit monition ou amonition pour munition^ ; faire perfection ou profection de quelque chose, pour en faire profession^ ; cest une terre de permission pour une terre de promission*.
Au reste, certaines confusions sont moins faciles à éviter qu^on ne le pense : il y avait, au xvi^ siècle, des gens même instruits qui employaient recouvrir pour recouvrer*^. On recouvre ce qui est descouvert^ dit Rob. Estienne, qui renvoie à couvrir. [I. Estienne signale celte faute comme très fréquente ; elle se rencontre chez Rabelais : « la parolle recouverte, elle parla tant et tant... » (Pantagr. dans Lit,)^ et dans Malherbe : « ceux qui ont recouvert leur santé. »{Ibid.), En particulier, la confusion des deux participes recouvert eirecouvré est encore si commune au xvii* siècle que Vaugelas, tout en la regrettant, la consacre de par Tusage de la cour et admet qu^il faut plutôt dire dans le style familier recouvert au sens de recouvré^*.
<( Une des plus notables fautes et en laquelle plus de gens tombent, c'est mon libéral arbitre pour mon libre arbitre**. » Mais ici Thistoire de la langue donne tort à Estienne. Libéral avait à Torigine le sens de libre.