‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 464 sur 533 · LA SYNTAXE ET L*USAGE · texte numérisé non relu

LA SYNTAXE ET L*USAGE

LVllipse de Tantécédent devant le conjonctif {ce qui, ce que) est fréquente dans les vers d'Ëstienne : « escoutez Que faire il faut de ces mots empruntez* », et aussi dans sa prose : « mais savez-vous qu'il y a* ? » tt je ne sçay qu'elles feront* ».

Voici un tour plus hardi, qui était très usité au xvi® siècle et jusqu'au xvu^ : « tout vient à poinct qui peut attendre * ». Estienne cependant remarque u qu'il faut ajouter pour mieux parler à qui » (peut attendre). Et il souligne le même emploi de qui chez Du Bellay : « Qui me donne un salut, quatre je luy en donne ; Qui ne fait cas de moy, je ne fais cas de luy' ».

En réalité, il n'y a pas d'antécédent sous-entendu, mais qui a tout simplement le sens conditionnel de si quelqu'un, si To/i; cf. La Fontaine : « Bonne chasse!... qui l'aurait à son croc* » et Madame de Sévigné : « qui m'aurait fait voir tout d'une vue tout ce que j'ai souffert, je n'aurai^ jamais cru y résister "^ ». Estienne lui-même ne se prive pas non plus de ce tour : « 'vous aurez bien tost gagné vostre procès qui vous laisseret faire ^». Peut-être cherchait-il à s'expliquer, par l'analyse, ces tournures plutôt qu'il ne les blâmait, u Vous faites que sage de n'entreprendre pas cela » ; il observe qu'il faut ainsi compléter : « ce que feroit un sage*. » Et lui-même écrit : w il fil que sage^^ ». Cette locution est encore chez la Fontaine **, mais n'est-il pas curieux de voir Henri Estienne expliquer grammaticalement des tournures et des expressions aussi usitées de son temps, et noter précisément d'avance celles qui ne tarderont pas à devenir archaïques ?

Par exemple encore. Du Bellay a écrit : « qui me présente un compte, qui me dit que demain... qui me rompt le cerveau. » Estienne note en marge : « crue pour un**. » — « Voilà de ceste cour la plus grande vertu, Dont souvent mal monté... on s'en retourne en France. » Note marginale : « dont, verte cToù *'». Et cependant Estienne avait écrit dans sa Conformité, en traduisant Lucien : u Mais dont vient, Jupiter, que tu nous es palli ainsi ' *? »

Page 1