Prém., 113 [avertissement
Construction de la phrase y inversions et ellipses <.
Henri Estienne fait, même en prose, un usage fréquent des inversions que nous verrons qu'il reprochait à Du Bellay : u Et se voit ce désir en ceux niesmement qui sont montez aux très hautes dignités ^ ».« laquelle faveur j*ayveu des dames faire à quelques-uns ' ». u De trouver des mihi et iibi qui ayent telle accointance, je ne m'en asseure pas * ».
Et de même il use d*ellipses qu'il blâme ailleurs au nom de la correction.
Par exemple, il omet le verbe : « Car si vostre cœur résiste bien aux
drogues..., encore d'avantage le mien ' » ; ou, en vers, il unit Finversion à
. Fellipse du sujet : « Prendre pourrions, sans dire grand merci Autant de
mots que les ancestres vostres * ».
Par contre, des changements de tournure dans la même phrase ramènent à répéter le sujet : « Je croy que vous regardez à ce que ceux qui s'efforcent de parvenir aux honneurs et devenir grands, pour parvenir là il faut qu ils usent de libéralité et magnificence "^ j». Nous avons reconnu qu'Estienne savait construire la phrase suivant une symétrie latine et cicéronienne *. Mais en dehors de ce cas particulier de la période oratoire, il semble qu*il n'ait pas accueilli avec beaucoup d'empressement les tournures empruntées au latin. 11 se borne à relever chez Du Bellay cette expression synthétique : « Je dirai sa faconde et V honneur de sa face », avec cette note : « more latino oris honor* » ; mais dans un adveriissemeni de ses Prémices^ il nous dit explicitement sa pensée sur ces imitations :
« Les dieux nous vendoyenl toutes sortes de biens à labeurs : la façon de parler grecque répond à ccste-ci, s'il est licite d'ainsi parler, comme nous disons vendre à argent^ rendre à deniers comtans.,, Vray est que pour parler plus correctement il faudrait dire (en retenant la mesmc façon déparier) : les dieux pour tous les biens qu'il nous donnent ne prennent en payement de nous autre chose que nos labeurs ^®. »
Inversions, tours elliptiques ou synthétiques, imités du latin ou conformes au génie de la langue française, Henri Estienne leur
1. V. aussi, sur Tordre des mots, les exemples tirés par M. Huguet du texte de la PrécelUnce.