Dial, II, p. 227 et
5. « Je m*en rapporte à ceux qui ont tout le temps de leur vie hanté es cours de France, tant du Roy que de son parlement à Paris, aussi sa Chancellerie et Chambre des Comptes : esquels lieux le langage s'escrit et se prononce en plus grande pureté qu'en tous autres » (Hob. Est., préface de la Grammaire frAnçoùe),
l'usage £T hk RAlSOiN 451
veaux, et puis le Palais de Paris leur donnoit la trempe*. » Voilà ce qu'écrivait H. Estienne, en s'adressant à Henri de Mesmes, u Conseiller du Roy et Maistre des requestes ordinaire de son hostel. »
Non! le pur français n'est aux yeux de H. Estienne le privilège d^aucune classe sociale, d'aucim milieu spécial. Si, avant le règne de Titalianisme, la Cour a représenté le bon usage^, il n*en est plus de même au temps de Henri III. Déjà, sous François P*^, ne parlait-on pas un excellent français, à Paris, en dehors du Louvre ou du Parlement? Par exemple, à l'Université, ou dans ce monde des savants et des imprimeurs qui avoisinaient le Collège de France, chez Robert Estienne, les jours où on oubliait d'y parler latin? La vérité, c'est qu'il y avait et qu'il y a toujours eu, dans les différentes classes de la société parisienne et même dans le peuple, des gens parlant bien et d'autres mal.
Gardons-nous, d'autre part, de confondre le « langage du Palais », c'est-à-dire le français tel que le parlent les magistrats et les avocats, soit dans leurs réquisitoires ou plaidoiries, soit dans la vie privée, avec la langue spécialement judiciaire. Les termes de droit sont d'ailleurs, eux aussi, une des « richesses » nécessaires du français^. Mais il n'en est pas question ici, à moins que nous ne considérions ceux qui sortis, pour ainsi dire, de leur domaine propre, sont entrés par métaphore ou par simple extension, dans la langue courante et servent ainsi à l'expression d'idées non « juridiques ». Et certes, l'habitude faisait que les gens du Palais employaient plus que d'autres, dans la conversation ou dans le style, les mots de leur profession. Estienne ne les en blâme pas ; au contraire, il les défend contre les railleries de MM. les Courtisans. Il trouve bonnes ces locutions qui sentent le barreau : « pour fortifier ou corroborer mon dire — soubs correction », qu'il oppose à cette nouvelle expression : « sauf meilleur advis^ », et encore : u authentique'^ ». Il les admet avec plaisir dans ses Dialogues^ où la discussion prend souvent la tournure d'un plaidoyer, où les conclusions sont formidées en arrêts :