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8. Comme Test, au contraire, le pastiche que nous avons cite, à propos de la satire de V Apologie pour Hérodote. V. noire l'* partie, p. 89 et note 5.
9. Cf. liyp. Prérace, p. 4 : « le mauvais langage est aussi rare au Parlement qu*il est fréquent au Louvre. ■
10. Nous avons marqué les diflérences qui séparaient H. Estiennede Malherbe dans celle critique de la Pléiade ; v. plus haut, p. 159 ; cf. p. 182.
11. DiiiL, II, 217. Régnier s indignait que Malherbe voulût obliger les poètes â
u parler comme à Sainct-Jean parlent les crocheteurs ».
l/rSAGE ET LA RAISON 433
sioDy je di, puisque l'usage de nos mots est si mal asseuré qu'on le peut dire... estre fondé sur la glace d'une nuict, à Tendroict de ceux qui le veulent aujourd'huy gouverner, que c'est une grande folie que de s'y arrester ; et qu'au lieu de rejecter ce qui est de Tancien françois , quand il aura passé par la bouche du commun peuple, nous devons dire ce que disoit Cicéron parlant de l'orthographe latine : Usum loquendi populo concessi^ scientiam mihi reservavi^».
Ainsi donc Estienne ne demande pas que la raison abdique devant l'usage, mais au contraire qu'elle en règle les incertitudes, et qu'elle essaye d'en fixer la trop grande mobilité. Nous touchons ici le fond même de sa doctrine. Car enfin, puisquHl est question d'un bon usage, c'est donc qu'il y en a un ou plusieurs qui sont mauvais ; mais, d'autre part, ce bon usage n'étant pas, comme nous l'avons dit, le privilège exclusif d'une classe ou d'un milieu, il ne peut être que celui des gens qui conservent la tradition de la langue, non seulement par instinct ou par habitude, mais aussi par réflexion : trop instruits pour tomber dans les fautes grossières des ignorants, trop bien élevés pour se laisser aller aux trivialités du menu peuple, et assez fermes dans leur goût pour résister aux engouements de la mode ; car la mode est passagère, et l'usage n'est pas toujours pareil, même « entre ceux qui sont estimés bien parler... Mais veu qu'il y a de la controverse quant à l'usage, il faut avoir recours ailleurs^. » Bref: « il faut que la raison domine, et en conférant le langage des uns avec celui des a .ires, il s'en faut rapporter à elle^. »
Tel est le principe auquel Henri Estienne s^arrête. Dira-t-on qu'il repose sur deux abstractions : le bon usage et la raison? Autant interdire à la langue de se dégager des parlers locaux, des caprices individuels, des mille accidents que les circonstances ne manqueront pas de semer sur sa route, autant déclarer qu'il lui est impossible de se fixer, je ne dis pas de se figer, dans des formes durables et de devenir la langue de ceux qui, précisément, ont le souci de bien parler et de bien écrire. Mais la langue, serait-ce donc aussi une abstraction? N'est-ce pas, au contraire, une réalité d'autant plus saisissable qu'elle vit par TefTort même de tous ceux qui l'aiment, qui l'étudient et qui la pratiquent?