V. Annales, p
de tous, pourquoi vouloir qu'à 15 ans il ait été incapable de voyager seul à l'étranger? lui qui, dès sa plus tendre enfance, « a teneris propemodum unguiculis^, » apprenait le grec et se mettait en état d'expliquer la Médée d'Euripide, n'a-t-il pu, à Tâge de 13 ans, aider son père pour les notes d*une édition grecque? S'il ne Ta fait qu'à 17 ans, ne parlons pas de sa merveilleuse précocité I Renouard va jusqu'à prétendre qu'il n'a pu, à 8 ou 9 ans, dessiner (et d'ailleurs sous la direction d'Ange Vergèce), les lettres grecques qui servirent pour le travail du graveur Garamond! Les autres assertions de Renouard à ce sujet sont de même force.
Il ne nous parait pas non plus établi que Henri Estienne ait été rajeuni par son oncle Charles dans sa requête. Nous ferons observer avec A. Firmin-Didot (qui admet cependant le rajeunissement, mais le réduit à un an et demi) que la supplication de Charles, résumée dans les lettres de rémission, est forcément antérieure à 1552 et postérieure à 1550, c'est-àdire au départ de Robert Estienne'; en un mot, elle a été écrite en 1551. Or, si l'oncle a dit l'âge exact du jeune Henri, il était donc né en 1531.
Mais il y a plus : cette date de 1531 concorde avec le propre témoignage de Henri Estienne, dans sa lettre à H. de Mesmes, qui précède le traité de la Conformité, Il rappelle à son ami la maladie qui l'amena à s'occuper de Sextus Empiricus : « lors que les Rebvres tierce et quarte m'assaillirent et s'opiniastrerent sur moy {qui avois approchée taage de trente ans sans sçavoirque c'estoit d'estre malade... ' » Or, dans l'épître dédicatoire du Sextus Empiricus (qui parut en 1562) il disait formellement à de Mesmes que la fièvre quarte l'avait prise « l'année précédente », donc en 1561 . Si nous traduisons la phrase d' Estienne par: « j'avois k peu près 30 ans », l'expression ne permet pas à coup sûr de faire naître Estienne en 1528 : elle nous amène entre 1530 et 1531. Mais nous croyons qu'elle signifie tout simplement : « je venois d'avoir trente ans. » Quoi qu'il en soit, en l'absence de document plus formel, nous admettons cette date de l5Si qui s'appuie sur les deux déclarations de Charles et de Henri Estienne.
2® Le testament de Charles Estienne [fils de Robert^),
Ce testament se trouve dans les minutes du notaire Ragueau (V. 680; Archives d'État à Genève); c'est la pièce IX, produite par M. Stein dans ses Nouveaux documents sur les Estienne. J'ai rendu plus haut
1. Cf. Thesauraê Gracx linguœt epist. àd leelorem^ei la préface en grec des Poeîx Graci de 1566.
2. Didot veut que la requête de Charles ait été écrite en nov. 1550, immédiatement après le départ de Robert. Non ! il s'est écoulé quelques mois avant que Charles n*aît produit son instance, puisqu'il s'appuie non pas seulement sur le départ, mais sur l'arrivée et sur la réunion de la famille à Genève.