‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 491 sur 533 · V. noire Introduction, p. 3 et S · texte numérisé non relu

V. noire Introduction, p. 3 et S

NOTES ET DOCUMENTS filOGHAPHIQUES 465

l*hommage qu'elle méritait à cette intéressante publication donl j'ai profilé. Mais ces pièces d'archives, je ne parle que de celles « trouvées à Genève », n'étaient pas restées jusqu'à présent ignorées, autant que le pense M. Slein. Elles sont signalées, avec toutes celles qui concernent la famille des Estienne, dans le catalogue manuscrit où M. Bordier a relevé avec assez de détails le contenu des minutes des notaires. Ce catalogue est placé dans la salle de travail des Archives d'Etat, à Genève, et je n'avais pas attendu la publication de M. Stein pour me reporter à un document original dont un résumé exact m'avait fait connaître l'importance. Déjà GalilTe * s'était expressément appuyé sur ce testament, et même il avait repris l'accusation de Charles, en l'aggravant: u Henri, disait-il, retourna a Paris, se fit catholique, y attira ses frères, etc... )>

Le testament est daté du 9 mars 1563. Charles Estienne dit u qu'il a esté amené à Genève par son père, y a résidé environ trois ans et un an plus que ses frères » ; il a quitté la ville « à cause du mauvais traitement et rudesse dont dame Marguerite Deschamps, sa belle-mère, usoyt envers luy, et après en avoir faict plusieurs doléances et plainclifs à son dict père et à ses amis... et après estre arrivé en la dicte ville de Paris, à la suscitation et par la conduite du dit Charles, son oncle, et precedens les dicts Henry et Robert, ses frères, plus aagez que luy, il fut induict, pour avoir main levée d'une partye de ses biens et droicts maternels, de permettre de vivre selon les loix papistiques, ce que toutesfoys il fyt à son grand regret. » Il ajoute qu'une fois une église protestante établie à Paris, il en fut un des fidèles; qu'à la fin il fut contraint de s'enfuir de Paris : « ses biens furent ruynés par un tumulte et émotion populaire. » .\rrivé à Genève, il s'adressa à son frère Henry u lui exposant sa pauvreté et calamité, le requérant de luy faire part et portion des biens et droicts paternels ; attendu mesmes que, s'il y avoyt cause de l'avoir dejecté desdiclz biens par feu son père, eHe estoyt semblable en la personne du dict Henry, lequel estoyt tombé en mesme accident, et que mesme il avoyt esté l'autheur et instigateur en partye de la débauche de luy testateur, et mesme l'avoit incité de ce faire et par son exemple et par plusieurs et diverses foys, eulx estant en cesle cité en la maison de leur dict père, et, encores despuys, parletres... »

Laissons la dame Marguerite Deschamps, dite Du Chemin, que Kobert Estienne, marié d'abord à Perrette Bade, avait épousée en secondes noces; notons cependant qu'elle parait avoir joué dans ces démêlés de famille le rôle d'une marâtre assez aigre , naturellement hostile aux enfants de la première femme ; elle n'en eut pas de Robert, mais elle avait les siens de deux premiers maris ; elle maria sa fille, Marguerite Pillot, à Henri Estienne, en 1555, et il est naturel qu'elle se soit montrée plus favorable à celui-ci qu'à ses frères.

Dans son testament, Robert déshéritait expressément ses fils Robert et

1. Notices génêalo{!^iques sur les familles (genevoises ; v. le t. III. L. Clbmbnt. — Henri Estienne, 30

Charles, en leur reprochant de s'être retirés « d'avec lui et de ceste égalise », de s'ctre maries sans son consentement et enfin d'être retournés u au papisme ». Il déclarait qu'au contraire Henri avait fait « le debvoir d'ung bon filz », et il l'instituait son héritier universel ^

Il est vrai que si la conduite de Henri Estienne fut aussi répréhensible que le prétend Charles, leur père Ta certainement ignorée : sa bonne foi aurait donc été surprise. Mais n'aurait-il pas fallu de la part de Henri une singulière hypocrisie et beaucoup d'habileté pour que Robert ne soupçonnât rien des démarches qu'il avait tentées auprès de son frère, à Genève et à Paris? Et comment ne s'est-il pas trouvé, à Genève, un seul témoin de ces menées, capable de les dénoncer? L'apostasie de Henri Estienne n'aurait pas manqué de produire, tôt ou tard, un certain retentissement; il n'y en a pas trace dans les interrogatoires où, en d'autres circonstances, la conduite de Henri Estienne et son passé furent cependant minutieusement scrutés par le Conseil ou par le Consistoire. Et enfin comment se fait-il que Charles Estienne ait remis à son testament ses révélations et ses plaintes, et qu'il n'ait point parlé plus tôt ?

Mais au fond de ce réquisitoire que voyons-nous, si nous lisons les lignes mêmes du testament? Le mécompte du fils déshérité qui, en plus, avait perdu ou dissipé sa part « des biens maternels ». Ce Charles Estienne que son père avait cependant fait étudier comme les autres, avait été d'abord mauvais écolier*. Il n'eut ni l'énergie ni l'intelligence de ses frères, qui, tous les trois, montèrent une imprimerie ; il est vraisemblable qu'il n'eut jamais une profession. En refusant de l'assister dans son dénûment, Henri se conduisit avec une dureté de cœur qui lui fut justement reprochée « par les ministres de ceste église^ »; il ne lui donna « que bien peu ». Disons cependant que le plus clair de l'héritage de Robert était l'imprimerie dont il était assez légitime que Henri Estienne voulût rester le seul maître. Ne partageait-il pas la maison paternelle avec sa belle-mère? et de l'argent qui lui resta, ne faut-il pas retirer les legs divers faits par Robert et les sommes réservées pour l'établissement de François et des deux filles, Jehanne et Catherine * ?

Renié par sa famille, aigri par la misère, Charles a éprouvé le besoin

1. V. llcnoiiard, Ann., p. 579-580. Cf. notre Inli-oduclion, p. 2 et 3.

2. V. le testament de Robert, dans Henouard, p. 579. Cf. Lettras royales de 1562, ibid.y p. 320.

3. Plus tord, Henri Eslienne fut encore appelé devant le Consistoire « pour Finhunianitc exercée à Tendroit de Robert son frère, najçuère décédé, et pour \uy avoir reiTusé de l'ayder niesme sur Targent qu'il lui dcbvoil, encore que le terme ne fut pas eschu. » Il dut confesser aussi « ne s'estre trouvé A Tenterrement de son dict fi*èrc » disant pour s'excuser « qu'il estoit lors en volonté d'aller faire baptiser son enfant à Viry » [Registres de la Compagnie du 2 nov. 1570, dans Cramer, p. 168). Ce Robert, II* du nom , avait repris à Paris l'imprimerie paternelle. Renouard dit qu'il mourut en 1571, sons indiquer d'ailleura dans quelle ville {Ann.f p. 480).

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