Cf. la pièce VII, publiée pai*M. Stein
d*accuser à son tour pour se justifier ou se consoler. Est-il vrai de dire qu'il ait rédigé son testament à ses derniers moments? Il mourut en 1564, et Tacte est du 9 mars 1563. Mais en admettant qu'il fût et qu'il se sentît en danger de mort, Robert Estienne était, lui, in arliculo mords, quand il dicta ses dernières volontés, le 5 septembre 1559 ; il mourut deux jours après. Or, Tautorité morale du père est trop haute pour ne pas infirmer à nos veux les déclarations intéressées du fils.
D'ailleurs, la question d'apostasie mise à part, le testament de Charles confirme ce que nous savions par les lettres royales de 1552 donnant levée du séquestre qui avait été mis sur les biens des enfants mineurs de Robert et de Perrette Bade^ C'est leur oncle, Charles Estienne, qui s'est entremis pour eux auprès du roi ; c'est lui qui a plaidé leur cause, et qui, par son habileté, a su la gagner. Mais son action a été forcément opposée à celle de Robert auquel il ne pouvait que donner tort. Dans sa requête, le tuteur appuie sur le « bas âge et innocence desdicts pauvres pupilles » ; ils se sont laissés emmener sans savoir où ils allaient. Quant à Henri, son père avait feint de le mener u es foires de Lyon » pour l'entraîner jusqu'à Genève. De son côté le tuteur avait essayé de leur persuader à tous de quitter leur père et de revenir en France. Il y avait en partie réussi, puisque le jeune Robert s'enfuit de Genève en 1552 pour venir habiter à Paris, chez son oncle. Son frère Charles « se doutant de son entreprise » n'osa pas d'abord s'en aller avec lui ; mais il finit par le rejoindre, un an après (comme lui-même le déclare dans son testament). Si quelqu'un détermina le jeune Charles à se faire catholique, ce fut donc son oncle !
Quant à Henri, la requête n'osait pas déclarer formellement qu'il avait suivi l'exemple de son frère Robert : il y est dit seulement « qu'il trouva moien de s'absenter de son dit père et s'en alla à Venise où il est encore à présent, en la maison de François d'AsuIa et autres héritiers de feu Aide. » Et ce serait, si nous en croyons la requête, trois jours après, qu' « à l'exemple et invention duquel Henry », son frère Robert se serait décidé à quitter Genève? — L'elTort que fait le suppliant pour arranger les faits à son avantage est ici trop visible : n'étant plus surveillé par son père, ayant repris sa liberté, pourquoi donc Henri n'est-il pas venu directement à Paris au lieu de s'en aller jusqu'à Venise?
Mais la note suivante fixera, nous l'espérons, d'une façon plus précise que Renouard ne l'a fait, les voyages de Henri Estienne pendant cette période de sa vie.
1. Sur rinHtallation de Hobcrt Estienne à Paris, v. les Annales de RcnouBi*d, p. 2K3 et sq., et les renseignements nouveaux donnés par M. Ph. Renouard, dans sa Bibliogr. de Simon de CoUnes (notice préliminaire). Le contrat de niariaiice de Rob. Estienne et de Perrette Dade '9 juillet 1526} a été publié par M. Oiyecquc « Inventaire sommaira d'un minutier parisien pendant le cours du xvi* siècle », dans le Bulielin de la Société de VUisloire de Paris, 1894, p. 39.
i68 APPENDICES
3® Les voyages de Henri Esiienne de 1547 à 1556.
Henri Estienne avait déjà fait son premier voyage en Italie en 1547; il y séjourna trois ans, ù Rome, à Naples, à Florence et à Venise ^ Il revint à Paris en 1549, et il donna à son père les notes et les arguments pour y Horace de 1549, la pièce de vers grecs pour le Nouv. Test, grec (1549- 1550). — Il partit pour l'Angleterre au commencement de 1550, et il en revint dans les derniers mois de cette année, en passant par la Flandre et parle Brabant. Rob. Estienne quitta Paris au mois de novembre 1550^. Ëmmena-t-il son fils Henri, comme le prétend Charles Estienne, ou Henri vint-il le rejoindre à Genève ? c*est un point qui n'est pas élucidé. Toujours est-il qu'en 1551 Henri est à Genève, auprès de son père.
En 155i, il quitte Genève pour se rendre en llalie: il séjourne à Venise, chez les Alde^. C'est ce second voyage en Italie que ses biographes n'ont pas distingué : mais il y a lieu de croire ici le témoignage de Charles Estienne, qui avait cependant tout intérêt à représenter Henri comme étant venu directement à Paris avec son frère Robert. En 1551 il fait imprimer à Paris, et vraisemblablement par les presses de son oncle : les Odes d'Anacréon : texte grec et traduction en vers latins, u Lutetiœ apud Hcnricum Stephanum ex privelegio régis » (in-4), et un recueil d'opuscules de Denys d'Halicarnasse, précédé d'une épître en grec ù Odet de Selves, ambassadeur de France à Venise, qui avait accueilli Estienne dans cette ville, et d'une épître en latin à Pierre Vettori (Parisiis apud Carolum Stephanum). — Ces publications rendent sa présence ^1 Paris infiniment probable. 11 est assez vraisemblable qu'il repassa par Genève à la fin de 1554 ou au commencement de 1555. Nous le retrouvons, cette année en Italie, u au temps que la guerre était nouvellement allumée à Sienne » (3" voyage). 11 fut chargé par Odet de Selves d'une mission secrète à Naples. Il s'en acquitta avec succès, non sans risquer sa vie. Sa connaissance de l'italien le sauva *. 11 vint à Venise rendre compte de sa mission à l'ambassadeur qui le traita avec une amitié toute particulière^. Son séjour à V^enise est encore attesté par le registre des prêts de manuscrits de la Bibliothèque de Saint-Marc, u 1555 : die 20 junii; et 1 555, 2 oct. • » A Rome il avait découvert des fragments de Diodore de Sicile ^. A Venise, il fit paraître chez les Aide les Idylles de Moschus, Bion et Théocrite*.