‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 5 sur 533 · L. Ci.BMB?rr. — Heurt Estienne. i · texte numérisé non relu

L. Ci.BMB?rr. — Heurt Estienne. i

2 HISTOIRE DE i/œL'VHE FRANÇAISE

plement bibliographique, mais biographique. Avant de Taborder, il est nécessaire que nous jetions au moins un regard sur le temps qu'il avait passé h Genève auprès de son père ; il faut que nous sachions quelle était, à la veille de la publication de ÏApolofjie, la situation matérielle et morale dont il bénéficiait, en sa qualité d'imprimeur et de savant, et comme successeur de Robert Estienne, mais par contre quelles limites restreignaient sa liberté d'action. Nous essaverons aussi d'entrevoir ses véritables sentiments à Tégard de la religion réformée, dans cette cité où la règle religieuse prétendait s'imposer à tout le monde.

Un critique moderne, L. Feugère, n'a voulu voir chez Henri Estienne en matière de croyances, qu'un sceptique, ou tout au moins un indifférent. Ce jugement nous parait absolument faux. Tout en restant à certains égards un indépendant, Estienne ne cessa pas d'être fidèle aux idées et à l'esprit de la Réforme.

Et d'abord son père lui avait transmis, avec l'amour de la science, sa foi et ce qui en était la suite inévitable en ce temps de luttes violentes : ses haines religieuses.

Rappelons des dates importantes : Robert Estienne avait quitté Paris au mois de novembre 1550, pour échapper à la persécution de la Sorbonne, et il était venu se réfugier à Genève*. Il y installa son imprimerie, il reprit en toute sécurité ses publications de la Bible, et devint le collaborateur intime de Calvin et de Théodore de Bèze; il continua d'autre part les éditions d'auteurs grecs et latins qui l'avaient déjà illustré. Dès 1551, son fils Henri est à Genève auprès de lui et s'associe à ses travaux 2. Il fait deux voyages eii Italie, l'un en 1552, l'autre en 1555, et dans l'intervalle, il s'arrête à Paris pour confier deux ouvrages aux presses de son oncle Charles Estienne. Il revient enfin à Genève vers la fin de 1555, épouse Marguerite Pillot (lille de la seconde femme de Robert Estienne) et il établit son imprimerie à côté de celle de son père ^. Celui-ci mourut le 7 septembre 1559, âgé de cinquante-six ans; il avait institué son fils Henri héritier de son imprimerie, par un tes-

\. V. les lettres roifules de ir>.i2 publiées par Uenoiiai*d, Ann. des Estienne, p. 319. cl l'appendice où nous avons essayé de fixer, d'une layon plus certaine qu'on ne Tavail fait avant nous, le» dates qui se rapportent à cette période de la vie de Henri Kstiennc : elles ont leur importance pour Tétudc morale qui nous occupe dans celte inlit)duction.

2. Kn 1351, II. Estienne était â^c de vin^t ans, si on admet qu'il était né« non en 1528. comme le prétend llcnouaitl, non en 1532, comme le croit L. Feujfère, nuiis en 1531. C'est cette date que nons considérons comme la plus probable. [V. notre appendice I.)

Page 1