‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 52 sur 533 · II. ESTIEXNE A LA COUR DE FRANCE · texte numérisé non relu

II. ESTIEXNE A LA COUR DE FRANCE

dit par ces mots : « Bien t'en a pris d'avouer, car déjà ton style t'avait dénoncé à mes yeux ^ » Ce livre écrit en français, par Estienne, mais qu'il n'avait pas signé, et qui excitait si fort la curiosité des courtisans et du roi, était-ce le Discours merveilleux! Non ! ridée d'un pareil aveu est inadmissible, parce qu'à le faire, il y aurait eu trop de témérité pour Estienne, et à Tentendre en rîant trop de cynisme pour le roi ! — Et cependant, songeons à ce qu'il y avait de profondément pervers et de lâche dans Tâme de Henri III ! Il n'aimait pas sa mère, et il en subissait impatiemment le joug *. S'il ne sut jamais s'en dégager entièrement, du moins essaya-t-il de marquer son indépendance en s'entourant de conseillers qui, d'ailleurs, ne valaient pas mieux qu'elle et lui.

Mais pour en revenir à Henri Estienne, il n'était pas assez politique pour exploiter, s'il en avait eu le goût, les sentiments intimes du roi à l'égard de sa mère. Ce jeu dangereux était l 'affaire d'esprits plus souples que le sien. Enfin il avait trop à redouter la versatilité bien connue de Henri III pour s'abandonner à des conOdences de ce genre.

Le livre non signé dont le roi lui parlait, c'était donc les Z)/aloffues du nouveau langage ^. Il est vrai qu'il ne fallait pas être grand clerc poiu* en deviner l'auteur. Est-ce que dans plusieurs passages, Henri Estienne n'y est pas nommé par ses nom et prénom ? Est-ce qu'il ne se met pas en scène , au moins une fois? Il y est question du thésaurus de la langue grecque et du livre de la Conformité, et des ouvrages projetés par Estienne ;

1. Liptii lat.j p. 11 cl 12. « Quinetiam lam dili|;ens styli quoininulamobservalorerat, ul cum de quodam libro gallicc a me scriplo, scd nomen meum haud pnL*fcrcnle, interra^asset annon ejus autor essem ; ac rcspondisitem, me hoc ipsi fassurum, quanivis nuUi ex aulicis fateri voluissem : illa niea verba his excepcrit : Bene iibi hac confesêione eonsalaUti; nam iejam mihi stylus luus prodiderat... »

2. On le voit par les lettres mômesdeC^th. de Mcdicis. (X t. V, p. 146, 5 oct. 1575. Catherine presse son fils d'écouter ses conseils. — On sait qu'elle ne fut pas consult<^e sur Tassassinat du duc de Guise, et qu'elle déclara que c'était une faute... Davila reconnaît que Catherine finit par devenir suspecte à. Henri III, malg^ré les preuves d'affection qu'elle lui avait données. [Histoire des guerres civiles^ Irad. française, t. 11. p. 40iet suiv.)

3. J'écarte absolument Thypothèse que le livi*e en question ne serait ni le Discours merreil/eojT, ni les Dialogues du nouveau langage. Les autres ouvrages français de II. Estienne portent son nom sur le titre ; et d'autre part il n'a imprimé de livres en français de quelque importance que ceux qui nous sont parvenus. Un livre important peut se perdre, il est vrai ; mais il en reste au moins la mention. La liste où la Croix du Maine a entasse les titres d'écritsqu'il n'avait sans doute pas vus, ou sur l'attribution desquels il s'est trompé, contient plus de pièces détachées que de livres composés ; et parmi ceux qu'Estienne aurait publiés, il n'y en a pas un seul qui se rapporte i notre texte du De Lipsii laUnitale,

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