‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 53 sur 533 · L. Clbiib?(t. — Henri Estienne · texte numérisé non relu

L. Clbiib?(t. — Henri Estienne

50 nisToïKE DE l'œuvke fkan(;aise

dans le cours de Touvra^e, ce sont les arguments déjà soutenus dans le livre, signé de lui, en loOo ! — Soit ! mais les courtisans n y regardaient pas de si près ; à ceux qui le pressaient trop vivement, il répondait sans doute que précisément Tauteur de ces Dialogues s'était arrangé pour donner le change à ses lecteurs. Et enfin, tant qu'un livre n'est pas signé, on a beau en soupçonner l'auteur, il a toujours le droit de se dérober et la ressource de nier. En réservant sa signature, Es tienne avait espéré qu'il écarterait les récriminations et les attaques de ceux qu'il raillait. Sans doute la précaution ne l'avait pas empêché d'être traduit, aussitôt l'apparition du livre devant le Conseil de Genève. Ne s'était-il pas dénoncé lui-même en demandant l'autorisation d'imprimer? Mais, colporté au delii des frontières de l'Etat de Genève, vendu à Lyon, à Paris ou à Francfort, le livre reprenait cet anonymat' que l'auteur avait cru opportun de lui laisser.

Il est clair qu'Estienne se sentit gêné par sa diatribe contre l'esprit et les usages d'une cour dont il était devenu Thôte. Observons toutefois qu'en malmenant si fort les courtisans, italiens ou « italianisés », il s'était gardé de toucher à la personne du roi ; à cette galerie de portraits qu'il a placés dans les Dialogues^ il en manque un : c'est celui de Henri III'. Sur (]latherine de Médicis, pas un mot blessant cette fois, à peine une allusion timide à celle qui avait voulu être « régente de France » au lieu de se laisser nommer « régente en France - ». Dans V Apologie pour Hérodote^ Estienne s'était montré plus explicite, quand dénonçant déjà l'impiété des courtisans, il écrivait : « Et en quel rang mettrons-nous ceux qui disent : Je croy au roy et en sa mère, et ne scay autre confession de foy '^? » Enfin dans ses Dialogues^ comme nous l'avons dit, Estienne allait jusqu'à faire l'éloge de Henri III; il se portait garant de son bon goût et le prenait comme juge du débat entre les partisans et les adversaires du nouveau langage. L'aveu qu'Estienne avait refusé aux courtisans, il le fit au roi

1. Il n'y a dans les Dialogues ([u'un seul passajj^e un peu hardi à Tcdrard du roi. Kstiennc rappelle « que les Italiens commencèrent A escrire D'ivo Henrico » alors que les Franccs ne s'estoyent pas encore dispensez d'ainsi parler. » (V. DiAl.y II, 156.) Il fait sans doute allusion aux inscriptions faites en Italie en Thonneur de Henri III. ^V. de Nolhac et Solerti, ouvr. cite, passini.' Ailleui"s il proteste contre le litre de majesté qui n'appartient qu'à Dieu. [Dial.^ I, 307-312. Cf. Apol,, I, 182.,. Aussi bien il critique également sa sainteté, en parlant du pape. C'est là sans doute un de ces passa^'cs contre les Princes que le Conseil do Genève condamnera. Cela aura laisse Henri III très indifTërent.

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