H. ESTIENNE A LA COUR DE FRANCE
d'autant plus facilement qu*il était sûr d'être pardonné ; et si le roi qui savait à quoi s'en tenir l'interrogea, ce fut avec esprit et pour le plaisir de laisser tomber un compliment. Ainsi nous apparaît la scène de tout à l'heure, sous un jour moins dramatique mais plus vrai.
Nous ne faisons pas un crime à Henri Estienne de s'être ainsi joué des courtisans : mais nous prenons acte de ce premier démenti opposé par lui à la rumeur publique, et nous plaçons en rejçard celui qu'il a imprimé dans la préface de sa Préccllence, en donnant à entendre quHl n'avait pris aucune part au Discours merveilleux.
« Il ne veut pas, dit-il, poursuivre cette comparaison de notre nation avec celle des Italiens plus avant que ce qui concerne le langage », c'est-à-dire qu'il se gardera d'opposer les mœurs, le caractère et Tesprit des deux peuples ; il laissera de côté la satire, et il ajoute : « tant pour ce que ma plume n'a point accoustumé de se mettre à telles matières qui font tomber en des invectives (encore qu'aucuns m'ayent preste ceste charité de me vouloir faire auteur d'une plus dangereuse, moy pouvant prouver mon alibi de cent lieues loing) '... » Nous avons transcrit tout le passage pour faire sentir à quel point cela sonne faux : la première partie de la phrase est à elle seule une dénégation d'écriture, audacieuse et presque stupéfiante. A-t-il donc oublié ce flot d'invectives qu'il a répandues dans V Apologie pour Hérodote^ et particulièrement ces traits fort méchants qu'il a donnés au caractère des Italiens? Veut-il encore lais.ser croire que ce n'est pas lui Tauteur des Dialogues ^, ou les avons-nous mal lus et n'y est-il débattu que sur les mots nouveaux? — Mais écoutons la parenthèse pour laquelle il est évident que tout ce qui précède a été écrit : dans cette incidente qu'il semble glisser en passant, à quoi se borne-t-il? A invoquer « un alibi », comme ferait un coupable embarrassé de se justifier. S'il s'était senti aussi innocent qu'il le prétend, Henri Estienne n'aurait pas même songé à protester contre une calomnie : ou il l'aurait fait alors plus énergiquement, avec l'accent de la vérité.