‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 55 sur 533 · Précell · texte numérisé non relu

Précell

2. Nous admettons avec f^con Feu^çèrCf qui le premier a fait la remarque, que • rinveclive plu^t dan^^rcuse » visait le Discours merveiUeux. Encore cela ne 9erai(Hl pas de toute évidence, et pourrait-on croire qu'Eslienne a simplement voulu par ce mot dcsi)çner les Dialogues dn A'otir. langage^ si dans son livre, à propof« des termes militaires apportes du Piémont par les armées fran vaines, il ne renvoyait pas ses lecteurs « é ce qu'il a plus amplement déclaré ailleura i» c'cst*à-dire précisément aux DiAlogues; v. Précell.^ 369. Cest au reste le seul passade où il fasse allusion à la satire de 1 J78, et il n*en mentionne pas même le titre.

32 HISTOIRE DK L*ŒUVRE FKANÇAISE

Un tel désaveu n'ébranle pas notre conviction. Nous y voyons la rançon que la di{çnité de ce caractère a été obligée de payer à la faveur royale. Henri Estienne n'avait pas à rougir des pages qu'il avait écrites contre Tltalienne; mais il redoutait sa vengeance : la peur d'une disgrâce ou de pis encore n'excuse pas, elle explique cette conduite.

Mais ce qu'on aurait mauvaise grâce à reprocher à E.stienne, c'est d'avoir dans ce livre de la Précellence ramené le ton habituel de sa polémique à une modération que réclamaient les circonstances, c'est d'avoir donné un caractère plus dogmatique à son plaidoyer. S'adressant au roi, il devait respecter la cour. Aussi est-il visible qu'il essaye — sans toutefois renoncer k ses opinions — d'atténuer l'effet produit par ses Dialogues en réprimant sa verve satirique et en se taisant sur certains points délicats. Il n'y a qu'une chose qu'il continue de repousser, et très vivement : c'est le langage italianisé; il faut constater à son honneur que sur ce point il reste intraitable. Seulement pour défendre dans son intégrité le patrimoine de la langue nationale, il a pris de nouvelles dispositions de combat : celles qui étaient, en effet, les plus opportunes. Il parait moins se préoccuper des Italianisants — qu'il a suffisamment frappés — que des Italiens qu'il voit toujours debout et qui le défîent ; par cette tactique il espère rallier une partie des suffrages qui ne seraient pas allés tout seuls à l'auteur des Dialogues. C'est encore de cette façon qu'il fut « un peu courtisan. »

Le recueil de lettres latines * que Henri Estienne composa également à la prière de Henri III et qu'il fit paraître à Genève en 1381, nous prouve que la rivalité des deux nations existait aussi sur le terrain des lettres antiques et de l'humanisme. Dans sa lettre dédicatoire et aussi dans un passage de sa Monitrix Musa 2, Estienne a rapporté l'entretien qu'il avait eu avec Henri III au sujet de l'assertion des Italiens que leur patrie avait beaucoup de Cicéroniens, tandis que la France n'en avait pas un seul. Entendez par Cicéroniens les gens capables d'écrire en un latin aussi pur et aussi châtié que celui de Cicéron. Et comme tous deux cherchaient quels Français on pourrait opposer à Paul Manuce, Estienne cita Bunel et Danès. Bunel n'avait-il pas été le maître de Manuce, comme celui-ci

1. « Pétri Bunelli | Galli, praeceptons | Pauli Manutii | Itali, discipuli | Epistolœ Ciceroniano stylo scriptce.... u

2. Mon. Muaa^ p. 210 et 211. — Estienne termine sa lettre à Henri III par cette formule contre laquelle il avait si fort protesté dans ses Dialogues « mige&tali tu£c addictissimus Henricus Stephanus ».

Page 1