‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 56 sur 533 · II. ESTTENNE A LA COUR DE FRANCE · texte numérisé non relu

II. ESTTENNE A LA COUR DE FRANCE

d'ailleurs l'a reconnu? Et c'est ce cpie Henri Estienne a d'abord marqué sur le titre même de son volume *. En outre, Manuce prit soin de revoir et de corriger ses lettres latines ; Bunel ne songea pas même à publier les siennes : « c'est que les Français sont moins portés que d'autres peuples à admirer les productions de leur g^énie, et partant ils s'inquiètent moins de les conserver 2 ». Parmi les écrivains latins de l'Italie, celui qu'Estienne place au premier rang, c'est Sadolet : encore sa gloire revient-elle pour une bonne part à la France qui l'a nourri pendant longtemps, comme elle a fait tant de grands savants. En somme, le parallèle nest rien moins qae concluant : il témoigne d'une jalouvsie un peu mesquine à l'égard des humanistes italiens ^; cette antipathie qu'Estienne se sentait, est venue s'ajouter aux raisons plus graves et plus légitimes qu'il avait de détester l'influence italienne.

Les Italiens de la cour avaient été naturellement ses adversaires dans les joutes oratoires de l'Académie du Palais et dans les réunions plus intimes chez le roi. Certains d'entre eux essayèrent même, pendant qu*il composait sa Précellence, de faire revenir Henri III sur les sentiments qu'il avait manifestés à l'égard d*Estienne. « Le roi entendait souvent les Italiens murmurer contre moi et il les faisait taire. 11 y avait à peine quelques jours que j'avais reçu Tordre d'écrire mon plaidoyer; et déjà l'un d'eux (et le plus haut placé) osait prétendre que le roi avait changé d'avis, et qu'il ne voulait plus donner la précellence à la langue française, mais à l'italienne ; cette parole revint aux oreilles du roi ; il m'appela et me dit : « Est-ce que tu crois que cela est vrai et que je sois si peu ferme dans mon opinion? cet homme-là veut te percer le cœur *. » Cet Italien si haut placé, c'était sans doute René de Birague. Mais j'imagine qu'avec d'autres, tels que Corbinelli ou Bartolomeo Delbene ^, la discussion ne dégénérait pas en dispute ; et que s'ils prenaient plaisir à rompre des lances contre ce rude batailleur qu'était Estienne, ils ne le poursuivaient pas de leur haine. Nous voyons même qu'Estienne

1. • Vel ipse iitulusGaUtœ magnum decus lulit, verumquc non minus, u Mon.Musa^ ibid.

}. Henricas Stephanas lectori (P. Bunelli^ etc., epistolœ).

3. De leur côté les Italiens, par exemple P. Vettori et François Robertello, ne s*étaient pas non plus montrés justes à l'égard de Henri Estienne. Cf. Renouard, Ann., p. 374 et 380.

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