Mon. Muta, p
5. Xous reviendrons sur ces figures caractéristiques d'Italiens, en étudiant la satire des Dialogueê.
51 HISTOIRE DK l'œUVRE FRANÇAISE
fut en assez bons termes avec Tun des Delbene, Piero^ conseiller et aumônier du roi et de la reine mère, abbé de Belleville et neveu de Bartolomeo * ; lors de son second séjour à' la cour, en 1S83, il lui îît hommage publiquement de son édition des Nuits A niques d'Aulu-Gelle, suivies de ses Nuits Parisiennes -: dédicace significative et qui marque le rapprochement final de Henri Estienne et de ces Italiens de la cour dans la commune faveur du roi : en 1383, Estienne était devenu décidément tout à fait courtisan !
Du courtisan il connut et les joies et les traverses ordinaires, la peur de la disgrâce, la jalousie des rivaux. Un jour, il fut violemment apostrophé par le roi qui l'accusait d'avoir trahi un secret qu*il devait être seul à connaître. Estienne avait beau protester de son innocence ; il était perdu si Henri HI n'avait fini par se rappeler qu'il avait aussi fait la même confidence à une autre personne 3. Certains courtisans ne lui pardonnèrent pas aussi vite qu'il l'eût souhaité l'éclat des Dialogues et la protection royale. Avec ceux-ci les hostilités continuèrent en dépit de la conversion, c'est-à-dire du changement de front marqué par le livre de la Précellence. Nous en retrouvons le souvenir dans un passage des Proverbes épigrammatizez ou Prémices que H. Estienne publia, beaucoup plus tard, en 1394. Il y raille encore, avec acrimonie la disgrâce
D'un certain courtisan qui fut mon adversaire,
Et qui en son langage italianizoit ;
Car lors plene la cour de tel langage esloit *...
C'est ici un Philausone en chair et en os : au courtisan tombé, il rappelle durement « que l'homme propose et que Dieu dispose. »
1. V. Couderc, ouvr. cité, p. 27, n* LXXI. Bartolomeo avait dëdié l'une de ses odes « A Piero Delbene, nipote dcir authore, abbate di Bellavilla, prior de la Sella et di S. Nicola de Canipi. »
2. «Auli Gellii nocles Atticœ... Henrici Stcphani noctes aliquot Parisince... etc. Parisiis, 1585. » V. Tcpitre dédicatoire à P. Delbene. Ce qui est amusant, c'est que ce personnage s'était borné à promettre à H. Estienne des éclaircissements sur le texte d'Aulu-GelIe ; cette seule promesse et l'empressement marqué par Delbene à réclamer le premier exemplaire qui paraîtrait de l'édition, lui valut ccl hommage singulier.