‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 58 sur 533 · Mon. Musay p · texte numérisé non relu

Mon. Musay p

4 Prém.^ p. 81.

n. Estienne d<^fendu contre Genève par le roi de France qui le représente comme son sujet; pour se venger le Conseil reprend TalTaire déjà vieille des Dialogues. — Il^onse dilatoire à l'ambassadeur français — Interrogatoire de II. Estienne; il est emprisonné, puis gracié. — L'année suivante la lutte reprend entre la censure et lui au sujet d'un livre dédié à Henri III. — Nouveau séjour à la cour, 1H84-85. — La recrudescence de la Ligue l'oblige à quitter Paris. — 11 y fera cependant encore de courtes apparitions, jus({u'à ce que la mort de Henri III mette à néant ses projets (i58i)i.

Reprenons Henri Estienne au lendemain de la publication de la Précellence. Il resta à Paris jusqu'au commencement du mois d'août 1379. Avant de rentrer à Genève où sa présence était réclamée par le travail de son imprimerie restée en souffrance, il se proposait de passer par Francfort *. 11 avait attendu vainement le paiement d'ime gratification de mille écus que le roi lui avait promise. Cette somme aurait à propos réparé les dépenses que lui avait coûté le séjour de la cour. Mais on le renvoya « aux calendes grecques •. »

Mécontent ^, il n'osa point toutefois partir sans avoir demandé congé à Sa Majesté. En l'accordant, Henri III y ajouta une nouvelle

1. V. lettre d^Estienne à Crato, dotée de Parij^ : juillet 31. Sa femme le tenait avec soin au courant de ses afTaires de Genève. (Dans Pnssow^ lettre XXVII, p. {37.' Kstienno avait penfté se rendre plus tôt à Francfort, si la publication de la Précellence ne l'eCit retenu A Paris. V. même lettre et celle du 23 mars de cette année [Passow, XXI).

2. V. la lettre du 31 juillet. Estienne ajoute qu'on Tavait renvoyé «adnummosquos extraordinarios vocant ». Si nous en croyons VEaloile, la scène entre le trésorier et II. estienne ne s'est passée qu'en. l.>85, lors du second séjour d'Kstienne A la cour. Toute cette histoire a été racontée avec beaucoup de confusion par les précédents biographes. Nous avons d'autant moins de raison pour ne pas accepter la date posée par le journal de VExloile, que dans sa lettre à Cruto, Estienne ne dit pas qu'il se soit encore présenté « A la caisse ».

3. Il dit à (^rato (même lettre) que, pour se venger, il remettra à une auti*e époque le livre « plus important » que le roi attend avec encore plus d'impatience que la PreVeflenre ; c'est-à-dire ce recueil de lettres latines dont nous venons de parler; il est évident que le dépit lui fait exagérer la valeur du cadeau qu'il tient en i*éservc.

36 HISTOIRE DE L*ŒL'VUE FHANÇAlSE

libéralité qui ne semble pas lui avoir plus coûté que la première : « 300 livres de pension à prendre par chacun an par les mains des trésoriers des Ligues, pour luy donner tant plus de moyen de s'entretenir, en considération des services que luy et ses prédécesseurs m'ont cy-devant faits, comme j espère qu'il continuera à l'avenir, tant du costé de Suisse que ailleurs, selon que les occasions s*en pourront offrir... ». Le brevet fut signé le 12 août 1379 *. Sans doute en sollicitant cette pension, Estienne avait mis en avant la charge de son Thésaurus grec, auquel il essayait d'intéresser toute l'Europe. Le roi avait certainement pris en considération la dette de reconnaissance contractée par la France envers celui qui avait pu venir à bout d'une œuvre aussi considérable *. Mais il nous paraît infiniment probable qu'Estienne avait offert à Henri III des services d'un autre ordre : sans devenir précisément un agent politique, n'était-il pas à même de soutenir les intérêts français en Suisse, et d'en référer à l'ambassadeur auprès des Ligues? Aussi bien servait-il en même temps la cause de ces messieurs de Genève. Pour justifier auprès d'eux son long séjour à Paris, il aura soin de faire valoir « quil a fait pour eux tous les bons offices à luy possibles, depuis qu'il est party de leur ville, mesmement pendant qu'il a esté à la Court » •*. Enfin ce qu'indique clairement la dotation royale et les termes qui la motivent, c'est l'idée très arrêtée de considérer Henri Estienne, même restant k Genève, comme un sujet de la France, et un bon serviteur de son roi. C'est bien aussi le résultat qu'avait espéré Estienne et qui l'enhardit à demander encore plus : rompre les liens qui le retenaient à Genève, et redevenir en fait le « Parisien » qu'il était resté de cœur. C'est ce désir trop manifeste que le Conseil ne lui pardonna pas ; et non content

1. V. Rcnouard, p. 419. Lettre de Henri III Â M. de Sancy. Le brevet fut enregistré le 21 août par la chambre syndicale de la Librairie et Imprimerie. V. ï Inventaire sommaire de ces archives, public par H. Omonl.

2. La Caille (cité par Renouard, ibid.) prétend qu' « Estienne était envoyé par le roi en Suisse pour la recherche de manuscrits et livres rares ». Assertion pui^ment imaginaire ! le brevet ne dit pas cela du tout : il y est seulement question d'aider Henri Estienne dans ses propres travaux. Toute la correspondance d'Estien ne avec Crato de Craftheim nous montre qu'à cette époque sa préoccupation la plus grave, c'était de couvrir les frais énormes que Texécution du Thésaurus avait entraînés.

3.V. la lettre de Mandclot, dans Rist., Dial.^ I,p. xx; cela sera répété par l'ambassadeur (v. plus loin) ; nous voyons dans ces deux passages une allusion aux négociations du traité signé à Soleure, le 8 mai 1579, par les ambassadeurs de France, Jean de Belliévre, assisté de son successeur, Nicolas Harlay de Sancy, et parles représentants de Berne et de Soleure. Le roi de France s'engageait à solder l'armée que Berne et Soleure enverraient en cas de besoin à Genève, pour la défendre contre le duc de Savoie. (V. pour plus de détails Aubert, article cité).

de lui opposer la clause eoercitive du testament de Robert, le Conseil réveilla TaiTaire des Dialogues,

Il est à peu près certain qu^Estienne, en quittant Paris, fit, comme il Tavait projeté, le voyage de Francfort ^ Toujours est-il qu'il se trouve à Lyon le 19 décembre 1379, comme l'indique sa lettre au conseiller Claude du Puy^, lettre pour nous très précieuse, parce qu'Estienne y parle à cœur ouvert, et qu'il met son correspondant au courant de ses démarches : il est à Lyon depuis déjà quinze jours ; la crainte qu'il avait de ces messieurs de là haut (ce sont les membres du Conseil) Ta contraint de s'adresser à M. de Mandelot, gouverneur de cette ville, pour lui impétrer un sauf-conduit : w moyennant lequel je puisse en toute sûreté retourner en ma maison, et si besoin est, leur rendre raison de toutes mes actions et de tous mes déportements ». S'il n'obtenait pas le sauf-conduit, il sen irait en sa maison « qui est à deux lieues de la ville, es terres du duc » (à sa campagne de Grières) 3; « car d'aller droit en la ville, ma femme même ne me le conseille point par ses lettres. » Estienne parle aussi du don de mille écus que le roi lui avait fait u lesquels avoient esté assignés sur la recette générale de cette ville » (de Lyon). Mais il n'en a pu rien avoir, et il a été contraint de renvoyer « le mandement qui lui avait été baillé, avec le refus qu'on lui a fait de le payer en disant qu'il n'y avait point d'argent* ». Il espère que M. du Puy trouvera quelque moyen de le faire payer.

Quelques jours après, le 13 décembre, arrive à Genève une lettre de Mandelot demandant le sauf-conduit pour H. Estienne ^. Mandelot déclare agir au nom du roi qui, (c par lettres, lui a très expressément commandé assister le sieur Henry Estienne en toutes les occurrences et occasions qui se présenteroient... » Le 16 décembre, le Conseil se réunit « extraordinairement » et accorde le sauf-con-

I. La lettre à Ci*ato du 13 novembre 1579 est probablement écrite de Francfort : • quidquid habebo novi in his nundinis ad eum [Ilottomanum] mittam... » [Passotv, p. 431, lettre XXH.)

3. Publiée par Feu^èrc, Essai, p. 343, d'après VIsographie des hommes célèbres^ t. IV, Parts, 1843. Sur cet autoj^raphe, V. notre appendice II. Cette lettre se rattachant à laflaire des Dialogues, il est étonnant que M. Ristclhubcr ne Tait pas au moins mentionnée dans son introduction.

3. Cette terre de Grières était située A Viry, près Saint-Julien (Haute-Savoie) ; v. notre appendice I.

4. • IjC porteur de la présente doit estrc monsieur du Verdicr, élu de Forez, qui Util profession de lettres. Je vous prie, monsieur, que si vous pouvez entendre quelque moyen de me faire payer de mes mille écus... le lui communiquer, etc. » Tout ce passafre qui a échappé à Renouard éclaire l'histoire des mf7!e écus et nous montre bien qoe la scène du trésorier n'a pas encore eu lieu.

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