V. Rist., Dial.^ t. I., p. xx
duit, « jusques au premier de febvrier prochain », pour permettre à Estienne « de se puiser de plusieurs blasmes », « qui lui avoyent esté mis sus pendant son absence ^ » Or, notons qu'on attendra l'expiration du délai, avant de commencer l'enquête sur le livre des Dialogues] Voilà qui est adroit, mais qui n'est pas, il faut le dire, d'une excessive lovauté !
Les blâmes au devant desquels Estienne allait lui-même, « lefaulx bruict qu'on avoit semé à Tencontre de luy 2 m^ tout cela se rapportait vraisemblablement à son séjour prolongé à Paris. Qu'était-il allé faire là-bas? dans cette Cour? avec ces papistes? Le 22 janvier 1580, Estienne « présente requeste » pour qu'on lui dise ce qu'il doit faire. Uépondra-t-il aux calomnies « qui lui ont estées imposées pendant son absence » ou passera-t-il outre? Réponse dubitative du Conseil : qu'il ait recours à la justice, s'il prétend qu'on Ta calomnié 3.
Les choses en restèrent là, quand, au mois de février, le premier svndic Michel Roset et Th. de Bèze eurent à Wufflens une conférence avec l'ambassadeur du roi de France auprès des Ligues suisses : Harlay de Sancy. Il y fut question de Henri Estienne, et de Sancy leur remit une lettre du roi en sa faveur. Nous touchons ici au nœud de toute l'alFaire : les paroles de l'ambassadeur au syndic et la lettre de Henri IH aux seigneurs de Genève expliquent avec une parfaite clarté le but maintenant avoué de Henri Estienne, et la vengeance qui va suivre.
Séance du 13 février 1580 * « A esté faite lecture des lettres du
Roy Ayant entendu le bon sçavoir et grande expérience d'Henri
Estienne, son subject, tant es langues grecque et latine comme à l'impression de beaucoup de bons auteurs, il voudroit bien qu'il se retirast en lieu où plus commodément eût moyen de servir au publicq, en ces choses et autres où il pourra l'emploier pour son service... » Aussi le roi prie « Messieurs... de luy permettre de librement et sans empeschement se retirer avec tous ses biens où bon luy semblera voire quand ainsy seroit que Messieurs voulussent prétendre qu'il fût en quelque sorte astraint de faire résidence en ceste ville... » Voilà qui est net, et Messieurs devaient être édifiés sur les sentiments de Henri Estienne à leur égard : « il se fasche d'estre à Genève... » Mais eux estimaient déjà qu'il avait